Critique de « Olivia » (1951) par Elisa

Olivia, Jacqueline Audrey, 1951, 1h35

Olivia est un film français réalisé en 1951 par Jacqueline Audry. Jacqueline Audry est l’une des pionnières du cinéma français, et être une femme réalisatrice, à cette époque et malheureusement encore à la nôtre, est suffisamment rare pour que cette information suffise à éveiller l’intérêt.

D’après le roman de Dorothy Bussy, Jacqueline Audry réalise un film de pensionnaires, classique au premier abord. Mais seulement au premier, et très vite le film fascine et envoute. Nouvelle arrivante dans un pensionnat de jeunes filles près de Fontainebleau, Olivia va rencontrer Mademoiselle Julie, directrice de cet établissement. Mademoiselle Julie, érudite, brillante lectrice à la voix de velours qui fait vibrer les passions d’Andromaque, ne laisse aucune de ses pensionnaires insensibles, et joue de ce trouble qu’elle se plaît à susciter. Telle les Sirènes, de sa voix, elle ne va pas tarder à emporter le cœur d’Olivia.

Ce jeu de séduction en ombres et lumières se joue sous les yeux de Mademoiselle Cara, jalouse et possessive, pleines de froufrous et de migraines désespérées pour attirer l’attention de Mademoiselle Julie et la détourner de ses jeunes pensionnaires.

Au creux de décors somptueux, de marbre, de bougie et de satin se tissent lentement des sentiments violents et déconcertants, un jeu de séduction bouleversant.

Il y a dans ce film de tourbillonnantes scènes de danses travesties, de brusques baisers de vampire, des bougies fondues à l’issu d’une attente longue comme la nuit et un marque-page en forme de poignard.

Sans fausse pudeur, Jacqueline Audry met en scène l’homosexualité féminine et l’éveil à l’amour d’une adolescente. Ce film, réalisé dans une France encore aujourd’hui homophobe, a été interdit aux moins de seize ans à sa sortie.

Dans ce pensionnat évoluent en presque huis-clos uniquement des femmes ; jeunes ou âgées, engoncées dans de strictes robes sombres ou enveloppées de dentelle. Les hommes n’entrent dans ce cocon qu’à la fin, qu’après l’irréparable.

Jacqueline Audry met en scène une histoire d’emprise et de chavirement sentimental et lesbien entre des teintures de satin et des cascades de dentelle. Pas de détours, pas de métaphores alambiquées : le désir s’exprime et la passion étourdit.

Olivia est un film rare et donc précieux, secret, que nous avons la chance de revoir aujourd’hui et de frémir, tout comme Olivia, à la voix de Mademoiselle Julie.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s