Critique de « Une valse dans les allées » (2018) par Selma

Il est bien rare de souhaiter vouloir rester, en tout cas plus que nécessaire, dans un lieu tel qu’un supermarché. Froid, démesurément grand et sans âme, même le charme que pourrait pourtant être celui de faire ses courses n’oserait franchir l’entrée d’un parking de la consommation de masse.

Mais le magasin de Thomas Stuber fait peut-être partie de l’exception.

Il faut dire que débuter ses courses accompagné par le“Beau Danube Bleu” plutôt que par une de ces habituelles musiques commerciales de mauvais goût est d’entrée de jeu déjà bien plus agréable. Johann Strauss sait tout de suite changer la perception habituelle que l’on peut avoir d’un rayon de magasin ! Bercé par cette valse, on se sent tout d’abord un peu désorienté, comme si l’on s’était trompé d’endroit, que l’on avait prévu de se rendre à Auchan, ou à Cora, et que l’on s’était retrouvé à la place au musée de la photographie, ou plus encore, dans la photographie elle-même.

Rapidement, on se laisse alors emporter par les images de ce brillant chef d’oeuvre à trois temps, dont les jeux entre couleurs et lumière sont assez époustouflants.

Si Une Valse dans les Allées attire, c’est certainement parce qu’elle défie le jour et le courant. La nuit y est permanente et sans cesse, elle fait écho à une douce mélopée, une mélodie mélancolique semblable au chant de la mer. Quelques âmes perdues y ont d’ailleurs trouvé refuge, comme bercés eux aussi par l’intrigante intemporalité que dégage ce lieu. Christian, Marion, Bruno… et tous les autres. Des personnages y travaillant tous les jours, mais dont on ne sait finalement que très peu . Leur blessure, leur souffrance, leur passé : tout cela reste en dehors. Et après tout, quand on y pense, on se fiche pas mal aussi de la provenance des bouteilles d’alcool, des confiseries ou des poissons surgelés du supermarché.

Et alors, que deviendra tout ce beau monde ?

Cette question en revanche, on peut se la poser. A première vue, il semblerait n’y avoir que deux options : d’un côté le produit “en règle”, celui qui saura se faire adopter par un des caddies de la consommation de masse, et de l’autre, le produit délaissé, un peu en marge de la société, comme ces saucisses encore comestibles qui finiront dans les poubelles du supermarché.

Il faut avouer que cette conclusion n’est pas très réjouissante, alors heureusement que Thomas Stuber est là pour proposer une troisième alternative :

Une Valse dans les Allées, c’est aussi avoir le droit de tourner en rond dans les lignes droites et impeccables des rayons.

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