Critique de « Virgin Suicides » (1999) par Ursula Le Menn

Virgin Suicides, Sofia Coppola, 1999

Il y a des films qui restent, qui marquent de manière indélébile. Même s’ils s’estompent et deviennent flous avec le temps, ils donnent l’impression d’un souvenir ou d’un rêve lointain. Virgin Suicides, première réalisation de Sofia Coppola, est de ceux-là.

Dans ce premier essai, le plus personnel et intime de son auteure, nous sommes confrontés à travers le regard d’un adolescent aux suicides de cinq sœurs durant les années 70. Loin des clichés inhérents aux teenage movies habituels, le film aborde le sujet de manière pudique grâce à son traitement poétique, romantique et empreint de mystère.

Tout au long de l’œuvre, le spectateur se retrouve happé dans un rêve éthéré, submergé par une permanente impression de flottement générée par son esthétique surannée, presque aseptisée, en contrepoint avec les faits évoqués. Ainsi, la colorimétrie poussée vers le bleu, les flous réguliers, les effets de montage vintage, la bande originale par Air et les cinq sœurs blondes à l’apparence innocente cherchant à s’émanciper représentent l’autre côté du miroir d’une Amérique puritaine, engoncée dans la ferveur catholique et le non-dit. Les parents, magistralement interprétés par Kathleen Turner et James Woods, définissent les contours de cette Amérique. D’un côté la mère autoritaire aux principes archaïques et de l’autre le père faible, aux abonnés absents. Ils sont les deux facettes d’une époque en pleine bataille avec la nouvelle génération luttant pour s’extirper de son emprise. Cette génération rebelle et émancipatrice est représentée par Kirsten Dunst, ici dans son premier grand rôle. La jeune fille au charme magnétique, objet de désir ultime aux yeux des adolescents, est électrisante à chacune de ses apparitions.

Mais la force du film réside dans le fait que sa réalisatrice décide de ne pas nous asséner une unique vérité. A l’image de tous les personnages se questionnant sur les causes de la tragédie, nous restons les spectateurs impuissants d’un drame dont nous ne possédons pas toutes les cartes afin de le comprendre pleinement. Et nous nous réveillons du film comme d’un rêve, avec le sentiment d’avoir navigué dans une réalité annexe, empreinte d’une profonde mélancolie, ce goût doux-amer laissé par une expérience belle mais éprouvante.

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