Critique de «Phoenix» (2014) par Sophie Pierre

Phoenix, Christian Petzold, 2014

L’Odyssée programme, dans le cadre du quatorzième mois du cinéma allemand, Phoenix de Christian Petzold sorti en 2015. Le cinéaste y retrouve son actrice fétiche Nina Hoss qui campe le rôle d’une rescapée d’un camp de concentration nazi. L’histoire s’enracine dans le Berlin ruiné de 1945 et c’est avec un magnifique plan en clair-obscur que le film s’ouvre. Un visage, celui de Lene Winter, interprétée par Nina Kunzerdof, se détache de la pénombre. Elle est dans sa voiture, il fait nuit noire et elle est conduit son amie Nelly Lenz qui a survécu à l’horreur des camps. Son visage, entièrement bandé, laisse deviner les atrocités dont elle a été la victime. On saura quelques instants plus tard que, blessée par balle, elle fût laissée pour morte par les nazis. Phoenix narre son pénible retour mais surtout la volonté sans borne de cette femme meurtrie de réaffirmer son identité. Après avoir subie une opération de reconstitution faciale, elle part en quête de son mari. Elle parcourt Berlin dévastée par les bombardements et retrouve enfin Johnny mais il ne la reconnaît pas et lui propose de jouer le rôle de sa femme afin de récupérer son héritage. Nelly accepte et commence à jouer à être elle-même.

Phoenix, à travers son déroulement narratif, soulève des questions importantes telles que le retour des victimes, celles que l’on préfère ignorer, celles qui renvoient à l’Histoire douloureuse, celles qui rappellent la honte et à qui l’on suggère une mise en scène de retour propre, maquillé, sans trace. Le film aborde à travers le personnage de Nelly le dur retour à la réalité de ces rescapés, leur difficulté à recouvrer leur identité et aborde par le truchement de Lene le refus de vivre dans ce pays qui a voulu les anéantir. Il évoque comment le pays fait face à ses actes et traque désormais les nazis, il montre les bureaux de recherches pour retrouver les familles, les biens ou évoque encore une Israel future. Ces thématiques malheureusement en trop grand nombre desservent le film qui perd en richesse, en profondeur et en intensité. Il faut cependant saluer le travail rigoureux de la lumière qui octroie à certaines scènes une réelle puissance esthétique. Et, bien que le film souffre quelque peu d’un manque de subtilité, il est à noter que Nina Hoss et Nina Kunzerdof sont très justes et offrent une brillante interprétation de leur personnage. Phoenix est un film à voir, devant lequel on passe un bon moment et dont la dernière séquence ponctuée par la puissante interprétation de Speak low par Nina Hoss est remarquable.

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