Critique de «L’affaire Thomas Crown» par Elisa Sanchez

L’Affaire Thomas Crown, Norman Jewison, 1968

Le film démarre avec un kaléidoscope coloré en guise de générique. Des fragments d’images s’entrechoquent : Norman Jewison utilise allègrement le split screen, technique qui consiste à diviser l’écran en plusieurs parties, chacune représentant des images différentes. Cela permet de voir simultanément plusieurs actions, différentes perspectives et autant de valeurs de plans (d’immenses yeux côtoient des foules minuscules). Utilisées dans différentes parties du film, le split screen rappelle d’autres mediums visuels : album ou roman photo, bande dessinée.

Le split screen n’est pas qu’un effet de mode, à but uniquement esthétique : il fait réfléchir sur la notion de cadre au cinéma. L’image veut dire quelque chose, elle est là pour produire de l’émotion et donc est composée en ce sens. La forme n’a pas à primer sur le fond : elle doit l’accompagner. Dans L’Affaire Thomas Crown, que racontent donc ces images ?

As the images unwind
Comme les images qui défilent
Like the circles that you find
Comme les cercles que tu trouves
In the windmills of your mind
Dans les moulins de ton esprit

Thomas Crown, joué par Steve McQueen, est un millionnaire qui s’ennuie, et cherche une occupation, un frisson d’aventure. Il organise le braquage d’une banque en plaçant et manipulant ses hommes de mains comme des pions sur un échiquier. Il orchestre ce hold up du haut de son bureau. Le minutage est parfait, l’organisation solide : le braquage réussit, et voilà Thomas Crown doté de deux millions supplémentaires. La police n’a aucune piste et l’enquête piétine, jusqu’à l’arrivée d’une enquêtrice dépêchée par la compagnie d’assurance de la banque : Vickie Anderson, brillamment interprétée par Faye Dunaway. Vickie va rapidement soupçonner Thomas Crown et se rapprocher de lui pour mener son enquête.

Cette histoire policière n’est finalement qu’un prétexte au vrai sujet du film : la rencontre et l’affrontement de Vickie Anderson et Thomas Crown. Ils sont les deux joueurs d’un redoutable duel mêlant séduction et intimidation.

Lovers walking along the shore,
Les amoureux marchent le long du rivage
And leave their footprints in the sand
Et laissent leurs empreintes dans le sable
Was the sound of distant drumming ?
Était-ce le bruit d’un pianotement éloigné ?
Just the fingers of your hand ?
Juste les doigts de ta main ?

Il y a deux films en un. Le premier est un film policier : un casse de banque, suivi d’une enquête policière. Mais il se joue également une histoire de séduction en parallèle. Chacun avec ses codes, chacun avec ses enjeux propres. Et pourtant, les deux films se fondent harmonieusement. Le mérite en revient, selon moi, à la musique qui les lie, la musique enveloppante du regretté Michel Legrand. Il s’agit de sa première composition à Hollywood, et elle sera nominée à l’Oscar de la meilleure bande originale en 1969 (la chanson The Windmills of Your Mind recevra l’Oscar de la meilleure chanson originale).

Au rythme de la musique se déroule un jeu dangereux : une partie d’échecs, où conflits d’argent et conflits d’amour agitent les joueurs. Ils s’affrontent, flirtent, sans relâcher leur attention : qui en sortira vainqueur ?


And the world is like an apple
Et le monde est comme une pomme
Whirling silently in space
Tournant silencieusement dans l’espace
Like the circles that you find
Comme les cercles que tu trouves
In the windmills of your mind
Dans les moulins de ton esprit

The Windmills of Your Mind, Michel Legrand

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