Critique de «The Raft» par Floria Domingos

The Raft, Marcus Lindeen, 2018

Homo homini lupus est

Pourquoi les Hommes font-ils la guerre et cette dernière est-elle nécessaire ? C’est la question que se pose Santiago Genovés dans l’expérience sociale qu’il a imaginé et réalisé en 1973. L’anthropologue choisit avec assiduité ses dix cobayes, ces derniers doivent avoir un potentiel de frustration élevé, des raisons suffisantes de pouvoir mal vivre cette traversée de l’Atlantique sur un simple radeau ne laissant aucune place à l’intimité.

Marcus Lindeen revient sur cette expérience avec sept des participants. Nous sommes immédiatement happés par cette aventure excitante. Santiago part sur une certaine évidence que la violence émergera au fil du voyage, il évoque notamment les rivalités sexuelles. D’après ce socle, il pense même spécialement à Bernardo, un prêtre qui serait prêt à plonger ses compagnons dans les abysses de la honte en cas de péché de chair. On s’apprête alors à affronter les tensions potentielles tel que le scientifique nous y prépare, comme devant une émission de télé-réalité. Nous traversons les idées effrayamment lugubres qui ont pu naître lors de cette épopée. Nous revenons sur un passé historique douloureux qui reste ancré dans nos gènes. On se demande alors, nos pulsions les plus morbides ne formeraient-elles pas notre essence ? Notre imagination [qui est mise au service de ces pulsions] pourrait alors faire défaut à notre morale. Cet aspect fait basculer le documentaire un instant du côté de l’horreur, toutefois rassurez-vous, il n’en n’est rien, bien au contraire. S’il est commun d’entendre que l’Homme est un loup pour l’Homme, The Raft se permet d’affirmer avec étonnement que la nature humaine se dirige du côté du partage et de la communauté unie. En effet, malgré les esprits tourmentés, au delà de la civilité c’est la coopération et la solidarité qui nous sauvent. En raison de ses à-priori, Santiago a cherché à faire émerger le mauvais en chacun or il se trouve qu’il s’agissait d’une quête de dénaturation forcée, à laquelle les participants ont su résister, ensemble. J’ai parfois eu peur du potentiel horrifique de l’esprit humain mais je ressors de cette séance avec des larmes séchées sur mes joues, par les rires et la passion dans lesquels ce film humaniste m’a immergé.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s