Critique de «OSS 117 : Rio ne répond plus» par Loïc Besnier

OSS 117 : Rio ne répond plus, 2008, Michel Hazanavicius

Trois ans après Le Caire, Nid d’espions, Michel Hazanavicius remet en selle le meilleur espion français pour de nouvelles pérégrinations, au Brésil cette fois. Douze ans se sont écoulés depuis Le Caire, et l’agent OSS 117 est envoyé à Rio afin de récupérer un microfilm contenant une liste d’anciens collaborateurs français durant la Seconde Guerre Mondiale.

Au cours de cette nouvelle mission, il croisera tantôt des espions du Mossad, des dignitaires nazis, des catcheurs mexicains, des chinois revanchards et même un crocodile.

Ce qui frappe en premier lieu, encore plus que lors du précédent volet, c’est cette capacité qu’à Michel Hazanavicius à « faire vrai ». La reconstitution est impeccable tant dans ce qui est montré que dans la réalisation qui recycle à merveille les codes d’un cinéma aujourd’hui révolu (écran scindés, nuits américaines…). Le cinéaste a réussi à créer un objet « pop » au rendu parfait.

Passé l’aspect cosmétique du film, que reste-t-il ? Jean François Halin au scénario et aux dialogues fait également un travail formidable. La plupart des répliques lancées par Jean Dujardin fait mouche, tour à tour machiste ou raciste mais toujours incroyablement maladroit.

Après un premier volet très réussi, Michel Hazanavicius a réussi à se renouveler tout en conservant ce qui faisait la force du précédent. Le chauvinisme un brin désuet y est toujours présent. Comme les musulmans dans Le Caire, nid d’espion, ce sont ici les juifs qui sont les bouc émissaires, victimes de l’ignorance et de la maladresse d’OSS 117.

La décennie passée entre la temporalité des deux films est un aspect important du scénario. En effet, si dans cette période le monde a évolué, ce n’est pas le cas d’OSS 117, parfois pantois face à la nouveauté, en particulier face à la libération de mœurs.

Les répliques et les gags vont plus loin dans l’humour noir, reflétant la confiance du réalisateur pour l’intelligence du spectateur. Hazanavicius, plein de courage et de culot, laisse à ces derniers le soin de déterminer eux même la limite entre le second degré (très noir) de son film, et le racisme.

A cet humour très sombre, Hazanavicius oppose aussi quelques guignoleries bien senties, donnant parfois lieu à des scènes d’anthologies (course poursuite dans un hôpital sous perfusion, cuisson de crocodile…).

Jean-François Halin offre un scénario inspiré auquel se greffent des acteurs qui le sont tout autant et qui composent, autour de Jean Dujardin, une galerie de personnages jubilatoire, du féministe lieutenant-colonel de l’armée israélienne (Louise Monot) au chef des services secrets (Pierre Bellemare) en passant par le dignitaire nazi (Rüdiger Vogler). Ainsi si certains regretteront l’absence de surprise presque inévitable d’un second volet, il reste que Rio ne répond plus, de la mise en scène au scénario, est un formidable objet cinématographique au charme suranné.

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