Critique de «2001 : l’odyssée de l’espace» par Calvin Roy

2001 : l’odyssée de l’espace, Stanley Kubrick, 1968

Comment écrire sur 2001 l’Odyssée de l’Espace en 2019 ? Que peut-il y avoir de plus à ajouter à propos d’une œuvre sur laquelle (presque) tout a probablement déjà été dit ?

Le film a tout récemment soufflé ses cinquante bougies. Cinquante années de discussions riches et prolifiques ont accompagné le parcours du film, sur lequel des ouvrages sont encore édités. Bien sûr, je pourrais parler des singes du début, luttant pour défendre leur territoire ; je pourrais parler du ballet de vaisseaux spatiaux sur Le Beau Danube Bleu de Strauss ; je pourrais parler de la voix lancinante de l’ordinateur HAL9000 ; ou encore de l’énigmatique monolithe noir, traversant les âges… Mais à quoi bon ?

2001 l’Odyssée de l’Espace est un chef d’œuvre incontestable. Il est ce que La Joconde est à la peinture. Il est ce que La Vénus de Milo est à la sculpture. Il est ce que la pyramide de Khéops est à l’architecture. 2001 est un monument de cinéma.

Le Dr Heywood Floyd est dépêché sur la Lune, où un mystérieux monolithe a été découvert, enfouit des millions d’années plus tôt. Stupéfaits, les chercheurs estiment qu’il est d’origine extraterrestre et qu’il émet un signal vers Jupiter. Une équipe d’explorateurs est alors envoyée sur place pour enquêter… S’ensuit un voyage unique à travers l’Espace et le temps, une épopée démentielle.

A défaut d’une critique, il est bon de prendre du recul et d’étudier l’impact de l’œuvre sur le cinéma, ainsi que le rapport des spectateurs contemporains au film et sa postérité. L’aura de 2001 est telle que nous en avons même oublié pourquoi il est un chef d’œuvre si singulier, au même titre que La Joconde par exemple. Déjà, il est important de le rappeler, une des grandes prouesses du film est d’avoir montré ce que l’humanité n’avait jamais vraiment vu auparavant. Kubrick, à l’aide de 130 collaborateurs, a donné vie à un univers d’un réalisme unique : vaisseaux spatiaux, surface lunaire, vide spatial, effets optiques… Leur travail titanesque est sans précédent dans l’histoire du cinéma. Le film propose un spectacle saisissant, avant même que l’Homme ne fasse ses premiers pas sur la Lune… Se faisant, Kubrick donna ses lettres de noblesse à la science-fiction au cinéma, qui était auparavant réduite à des films pour enfants avec des décors en carton-pâte. Grâce à 2001, la science-fiction est aujourd’hui devenue l’essence même de notre culture populaire, ayant influencé Star Wars, Blade Runner, Alien, Wall-E, Interstellar ou encore les films Marvel parmi tant d’autres…

Pourtant, j’ai remarqué un certain rejet du film de la part d’un bon nombre de spectateurs contemporains. Bien souvent, la raison est simple : 2001 est à des années lumières de ce que le public est habitué à voir. Stanley Kubrick offre une expérience purement visuelle et sonore qui peut être assez déroutante. Il nous propulse en terrain inconnu :le film arrache le spectateur de sa zone de confort, à la fois littéralement (à travers les lieux inexplorés que les personnages découvrent durant leur épopée), mais aussi cinématographiquement (par la forme d’expression employée dans le film). Kubrick embarque le public pour un voyage vers l’inconnu qui peut troubler, d’autant plus que le mutisme et l’inhabituelle lenteur du film sont déconcertants : en effet, non seulement le réalisateur s’affranchit de tout dialogue superflu, atteignant un langage visuel pur et unique mais il brise aussi les chaînes du temps pour offrir au public un spectacle sensoriel. Le spectateur est ainsi invité à se laisser guider, les yeux et les oreilles bien ouverts.

De cette manière, en allant bien au-delà des mots, le film touche du doigt notre inconscient à tous. Kubrick propose ainsi un poème lyrique, une expérience hors du commun, à la fois fascinante et terrifiante, un spectacle halluciné et hallucinant.

Cinquante ans donc.

Pourtant, 2001 l’Odyssée de l’Espace n’a absolument pas pris une ride : non seulement son esthétique est d’un réalisme à couper le souffle, mais ses questionnements et ses thématiques sont plus actuelles que jamais. Il est donc absolument nécessaire de (re)découvrir le film sur un écran de cinéma, l’unique manière de rendre justice à la majesté de ce chef d’œuvre.

Dans son film, Stanley Kubrick tend un miroir vers l’humanité. Il raconte l’Histoire de notre évolution, il montre comment la violence a forgé notre civilisation et il révèle les éventuelles conséquences de notre folie. Est-ce inscrit dans notre ADN, ou est-ce un processus réversible ? Kubrick pose plus de questions qu’il ne donne de réponses. Il invite le spectateur à lâcher prise et l’embarque dans un voyage sidéral et sidérant, depuis l’aube de l’humanité jusqu’à son crépuscule ; depuis la Terre jusqu’aux confins de l’Univers, allant même « au-delà de l’infini »…

A l’image du monolithe noir dont l’ombre plane au-dessus du film, 2001 l’Odyssée de l’Espace demeure un objet insondable et hypnotique, nimbé de mystères dont nous ne percerons probablement jamais tous les secrets, et ce malgré un demi-siècle de discussions et d’analyses. 2001 est immense.

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