Critique de «Sept ans de réflexion» par Sophie Pierre

Sept ans de réflexion, Billy Wilder, 1956

Marylin Monroe et sa fameuse robe ivoire sont actuellement à l’honneur à l’Odyssée dans la drolatique satire Sept ans de réflexion de Billy Wilder. Sorti en 1955 le film peint un Manhattan bouillant duquel femmes et enfants fuient pour l’été alors que leurs hommes valeureux se sacrifient pour assurer la pérennité pécuniaire du foyer. Néanmoins loin d’être vidé de ses femmes Manhattan abrite encore secrétaires et autres serveuses ne pouvant se permettre un été au frais et de magnifiques jeunes femmes dont l’une n’est autre que Marylin Monroe qui incarne une « Girl » (comme l’indique le générique). Richard Shermann, interprété par Tom Ewell, fait sa rencontre alors qu’elle sous-loue un appartement voisin. Il est un publicitaire, marié depuis sept ans, qui a déposé sa femme et leur fils à la gare. Le soir il s’ennuie, s’imagine racontant des situations cocasses et rocambolesques à son épouse et se fait violence pour ne pas fumer et boire selon les recommandations de sa femme-maman. Après une entrevue fracassante entraînée par la maladresse de la « Girl » il lui propose de partager un verre dans son appartement.

Adapté de la pièce éponyme de George Axelrod le film, censuré par le Code Hays, est beaucoup plus édulcoré et suggère une relation platonique entre les deux personnages principaux tandis que la pièce originale se concentrait sur l’adultère. Le film porte quant à lui un regard critique sur les personnages infidèles, se veut moralisateur et puritain et s’inscrit en ce sens pleinement dans le genre de la comédie classique hollywoodienne. Il mêle ainsi habilement comique de geste (les mimiques du personnage principal), comique de situation (les irruptions du concierge dans l’appartement, la « Girl » qui se cache), comique de mots (on retiendra cet accent aristocratique de Richard Shermann lorsqu’il fantasme le personnage interprété par Marylin Monroe l’écoutant jouer du piano) et bien entendu comique de mœurs grâce auquel le cinéaste n’oublie pas de moquer les modes de consommations de ses concitoyens (souvenons-nous de la scène du restaurant ou encore des nombreuses allusions aux spots publicitaires diffusés à la télévision). Notons que Billy Wilder fait la part belle à ses deux acteurs en les laissant déployer leur jeu à travers de longues séquences filmées en plan large, qui ne sont pas sans rappeler une mise en scène théâtrale.

Aussi le film cultive son originalité grâce à de nombreuses échappées oniriques dans lesquelles le personnage principal fantasme son rapport aux femmes et à la belle Marylin. Ces séquences dynamisent le récit et permettent de rêver joyeusement avec le personnage interprété par Tom Ewell. Le film oscille ainsi toujours entre imaginaire et réalité et joue en permanence avec le rapport au récit du spectateur.

Avec Sept ans de réflexion Billy Wilder porte un regard amusé et quelque peu moqueur sur les mœurs de la bourgeoisie nord-américaine de l’époque. Ce film drôle et attendrissant nourrit une certaine réflexion sur le couple et le patriarcat et surtout offre une des scènes les plus iconiques du cinéma : Marylin Monroe sur une bouche d’aération !

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