Critique de «Tommy» par Ursula Le Menn

Tommy, Ken Russell, 1975

Il y a 50 ans sortait l’album « Tommy » du groupe de rock britannique The Who et également premier opéra rock de l’histoire. L’album concept, écrit par Pete Townsend, guitariste et leader du groupe, racontait l’histoire de Tommy, devenu aveugle, sourd et muet suite à un traumatisme durant son enfance. L’album devient un succès tant public que critique et s’écoule à des millions d’exemplaires.

Quelques années, plus tard, en 1975, sort l’adaptation de Ken Russell. Cet amoureux de la musique ayant entre autre à son actif deux documentaires musicaux ainsi que les films « La Symphonie Pathétique » sur Tchaïkovski et « Malher » qui sont deux biographies fantasmées, s’est surtout fait connaître pour une autre œuvre : le traumatisant « Les Diables » en 1971. Il réalise alors, le premier opéra rock de l’histoire, du cinéma cette fois-ci.

La modernisation de l’opéra rock en opposition à la version originale de 1969 n’est certes pas toujours réussie musicalement mais le choix des claviers utilisés et le côté grandiloquent des arrangements ajoutent aujourd’hui un côté kitsch propre aux seventies. L’image et la musique se complètent à merveille. Le fait que le film soit entièrement musical pourra en dérouter certains car chaque séquence se présente sous la forme d’une sorte de clip. Certaines scènes fortes justifient à elles seules le visionnage. Ann-Margret lançant une bouteille de champagne dans son téléviseur avant de se rouler dans une mousse savonneuse puis un déluge de haricots à la sauce tomate ainsi qu’un liquide visqueux de couleur chocolat. Ou bien encore, Roger Daltrey jouant du flipper dans un cimetière automobile, Tina Turner en Acid Queen, Paul Nicholas en cousin sadique, une secte religieuse vouant un culte à Marilyn Monroe ou Elton John en Pinball Wizard sans oublié Jack Nicholson en thérapeute s’essayant lui aussi à la chanson. Diverses formes de décadence sont exploitées visuellement tout au long du récit. Chaque scène se propose comme une phase initiatique d’un voyage spirituel.

Derrière ce psychédélisme pop, se cache des provocations à l’égard de la société capitaliste en faisant s’entrechoquer sexualité et religion pour en dénoncer les dérives et s’en prendre au star-system, aux guides spirituels, gourous et messies, ainsi qu’à la société de consommation. Reflet d’une époque, « Tommy » demeure pourtant d’une certaine actualité par son côté visionnaire. Un psychédélisme que le réalisateur ne lâchera pas, réitérant quelques années plus tard avec un déferlement de surréalisme dans l’excellent « Gothic ».

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