Critique de «2001 : L’Odyssée de l’espace» par Matthias Giachino

2001 : L’Odyssée de l’espace, Stanley Kubrick, 1968

Une fois de plus, dans le cadre des « trésors du 7ème art », le cinéma l’Odyssée régale en diffusant le film de Stanley Kubrick : 2001 l’Odyssée de l’espace. Mythes et légendes façonnent la renommée de ce film. La critique de ce dernier ne sera pas donc pas aisée. Il va falloir faire preuve de minutie, comme l’exige le cinéma de Kubrick.

Tout d’abord, il est important de s’imprégner du contexte cinématographique dans lequel ce film est sorti. Dans les années 1950 – 1960, la représentation de la science-fiction sur grand écran faisait l’objet de nombreux artifices (et cela sans réels effets spéciaux) à base de sous-coupes volantes, de robots tueurs ou d’extra-terrestres tentaculaires. La sortie en 1968 – date importante à retenir – de 2001 l’Odyssée de l’espace va marquer l’avènement d’une nouvelle ère pour le genre de la science-fiction au cinéma. Comme si ce dernier rentrait dans un âge plus mûr, plus adulte. Les thématiques se sont complexifiées, le réalisme s’est intensifié. Mais au-delà de la science-fiction, ce film a laissé une trace indélébile sur le cinéma à part entière et cela à tel point que les posters les plus récents du film n’ont pas hésité à sous-titrer : « Il y a 50 ans un film a changé le cinéma pour toujours ».

Derrière la caméra, un homme, un nom : Stanley Kubrick. Avant d’être ce réalisateur américain de renom, Stanley Kubrick (1928 – 1999) est entré sur les plateaux de cinéma par la porte de la photographie. Une formation initiale qui marqua beaucoup sa vision du 7ème art et son obsession pour l’esthétique. Stanley Kubrick est un réalisateur dévoré par plusieurs formes de folies : la folie du détail, la folie de l’homme, la folie de la création. Et pour son 8ème long-métrage, le cinéaste décida de voir grand, très grand, et de s’atteler au traitement du monde de l’espace avec son film 2001 l’Odyssée de l’espace. Malgré le succès mitigé à la sortie du film, Kubrick rentrera avec le temps dans ce cercle restreint de « maître incontesté » et va profondément inspirer le cinéma américain. En illustre la suite de sa filmographie avec des œuvres monuments comme Orange mécanique (1971), Barry Lyndon (1975), Shining (1980) ou encore Full Metal Jacket (1987).

Le petit aparté étant terminé, la projection aux confins de l’univers est imminente. Les lumières s’éteignent, le temps s’arrête : place au cinéma, place à l’émotion !

Alors que l’on atterrit en pleine steppe, un groupe de primate semble se rapprocher de la caméra. Cette introduction ô combien énigmatique fera sens au fur et à mesure que les minutes défilent…

En l’espèce, Kubrick a décidé de segmenter son odyssée en quatre actes très différents mais pourtant si proche dans la thématique : l’évolution de l’homme face à son environnement. Cette évolution de l’homme, commençant à la préhistoire et finissant dans les étoiles, est influencé par l’apparition d’un monolithe noir. Ce bloc de pierre a traversé les âges et semble immuable aux changements temporels. Le mystère flottant autour de cette étrange matière poussa ainsi l’humanité à la recherche et au progrès. Jusqu’où jour où un mystérieux signal émanant de la pierre est capté en direction de Jupiter. Un vaisseau spatial, le Discovery, sera donc affecté pour découvrir les secrets de ladite planète. A son bord, se trouvent David Bowman et Frank Poole, trois autres cosmonautes en hibernation et un super ordinateur HAL 9000 qui contrôle l’astronef. S’entame ainsi une longue aventure dans le vide intersidéral…

Il est clair que la liberté qu’offre l’espace permet une expression totale de la créativité du réalisateur. Dans les abysses de l’espace où la réalité n’est plus terrestre, le visuel est roi Avec Kubrick, on marche sur la tête. La caméra flotte dans les différents vaisseaux qui sont présentés à l’écran, rien ne la retient. Ce qui donne naissance à des plans uniques et iconiques où l’on observe le quotidien de ces hommes dans l’espace. Petite anecdote : le réalisateur américain a demandé la création grandeur nature d’un carrousel pour réaliser plusieurs plans de caméra où l’on voit notamment des personnages du films marcher sur les murs ou courir à 360 degrés.

En outre, Kubrick réalise une prouesse à la hauteur de son génie : faire du visuel avec des dialogues extrêmement minimalistes. Rien ne vaut les mots du réalisateur en personne pour illustrer le propos : « Il y a des domaines du sentiment et de la réalité qui sont inaccessibles à la parole. Les formes d’expression non verbales comme la musique et la peinture permettent d’y accéder, mais les mots sont un terrible carcan ». Le cinéaste a décidé de placer la musique et les bruits au cœur de sa construction cinématographique. Que ce soit par le silence, le souffle d’une respiration ou le bruit des mécaniques, chaque son ou absence de son fait l’objet d’un effet d’immersion des plus saisissant. A tel point que le spectateur à l’impression de seconder chaque spationaute dans le déroulement de ses missions : les interactions avec HAL 9000, la réalisation d’une sortie extravéhiculaire, les réparations du satellite ou encore la gestion du vaisseau. Et quand les bruits ne sont pas au rendez-vous, le film est soutenu par une utilisation récurrente de la musique classique. Manié par une main de maître, la musique devient une part essentielle de la narration. Ainsi, l’avancée vers Jupiter et les problèmes au sein de la navette se révèlent avec une certaine légèreté.

Mais une simple erreur du super ordinateur HAL 9000 va entrainer le film dans une autre dimension et révéler un éventail de thèmes philosophiques, technologiques voir métaphysiques Encore une fois, il faut se souvenir que l’on se trouve en 1968. Par le personnage d’un super ordinateur, Kubrick va aborder des thématiques d’une actualité brulante en 2019 comme l’équation robot/humain, la problématique du sentiment chez le robot ou encore la quête incessante au progrès. Des sujets qui se feront écho dans un dernier acte des plus intriguant, laissant l’imagination du spectateur à la dérive.

Les lumières se rallument et le retour sur la terre ferme est difficile. 2001 l’Odyssée de l’espace provoque cette sensation d’avoir vécu une réelle expérience cinématographique. Les hautes ambitions portées par Stanley Kubrick ont fait de ce film une réflexion unique sur la condition humaine. Une œuvre lyrique qui va forcément en déranger certain par son aspect des plus minimaliste. Il n’y a ni héros ni d’antagoniste, beaucoup de questions sans réponses, des enjeux obscurs et des dialogues réduits au minimum.

Pourtant, que l’on apprécie ou non le travail de Kubrick, il peut sembler impossible pour le spectateur de reste indifférent quant à la prouesse technique du film. Même 50 ans plus tard, l’esthétique et la narration restent teintés d’une incroyable crédibilité. Si ce réalisme a été porté à un tel niveau, c’est aussi parce que 2001 l’Odyssée de l’espace avait l’ambition de traiter la science-fiction avec sérieux. Un pied de nez incontestable aux œuvres de science-fiction des années 50 et 60 où l’artifice a été rejeté au profit d’un aspect purement organique.

Si on ne sait guère où nous mènera le progrès et quelle sera la réalité de l’espace dans 100 voire 200 ans, il y a pourtant une chose dont on peut être certain : 2001 l’Odyssée de l’espace fait partie de ces œuvres qui effleurent du bout des doigts l’œuvre intemporel.

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