Critique de L’ange par Floria Domingos

L’ange, Luis Ortega, 2018

Un tueur fou, sans limite et sans regrets ou un poète incompris ?

Un très gros plan sur la bouche charnue de l’acteur Lorenzo Ferro démontre que Carlitos est une source de désir inépuisable. Ce plan exprime toute la sensualité du personnage qui semble ne pas avoir conscience de l’attraction qu’il crée autour de lui. Carlitos ou de son nom complet Carlos Eduardo Robledo Puch était un jeune homme, très beau mais aussi très doué. Un génie [du Mal] d’après le père de Ramon, son partenaire de crime. En effet, aujourd’hui en prison, Carlos Puch a été condamné à perpétuité pour de multiples vols, viols, meurtres, enlèvements,… tout y passe. Pourtant nous n’observerons quasiment rien de tout cela. Nous compterons trois meurtres ‘seulement’ et quelques vols. Ce que le réalisateur veut évoquer ne réside pas dans la réflexion philosophique du Bien et du Mal. Bien que Carlos en fut le sujet d’étude (on s’étonne à l’époque de l’atrocité commise par un être si « angélique »), ces mots lui semblent étrangers. « L’ange noir » semble substituer la trahison au Mal, établissant ainsi une réciprocité entre morale et individu. Il suffit qu’on lui demande de ne pas voler pour qu’il ne le fasse pas. Pas de maxime rousseauiste ici. Mais le plus important ne réside alors pas dans l’éthique, il s’agit de vivre à l’extrême sa liberté.

A l’ouverture du film, nous découvrons ce blondinet nonchalant puis nous entrons dans ses pensées par l’utilisation de la voix off. Tandis qu’il rentre par effraction dans une maison au cadre idyllique, il prône des valeurs de partage en affirmant ne pas croire en la propriété. Tout ça accompagné du chant mélodieux des oiseaux et d’un soleil chaleureux. S’il est voleur, ce n’est pas des biens d’autrui mais du bien commun. Il annule de cette façon la notion même de vol. Il visite alors sereinement l’intérieur de la maison aux couleurs affirmées mais accueillantes. Étant donné que nous sommes in medias res avec Carlos nous pouvons imaginer que le lieu est fantasmé et qu’il pourrait représenter la perspective des infinies possibilités que lui offrent l’avenir. Ajoutons à cela une musique entraînante du groupe La Joven Guardia sur laquelle il danse librement. Elle participe à composer ce cadre qui enveloppe de bonheur. Ainsi nous accédons au cristal du film. Ce que nous montre Carlos par ses actions c’est que le bonheur se partage, lorsqu’il vole il offre une partie de son pactole à son entourage ou alors, c’est une occasion pour partager des moments précieux avec Ramon avec qui il est sous-entendu une affection plus qu’amicale. Alors nous nous retrouvons vers la fin du film qui comporte une scène faisant écho à celle-ci. Il entre dans la maison désertée de Ramon et met en route la même musique et danse dessus avant de se faire arrêter. Il choisit de vivre ses derniers instants de liberté dans ce lieu symbolique qui le lie à jamais à Ramon.

C’est dans cela que réside le talent de Luis Ortega, qui parvient à nous parler d’amour, de partage et de bonheur au travers d’un personnage maléfique. Tous les humains se dirigent vers une même direction, seulement nous n’empruntons pas tous et toutes les mêmes chemins. Attention, il ne s’agit pas d’un plaidoyer. L’Ange raconte l’histoire de ce jeune homme qui ne vivait que pour expérimenter entièrement sa liberté et qui finit par perdre tout ce qui lui importait. Alors Carlos est-il un tueur fou, sans limite et sans regrets ou bien pouvons nous nous risquer à affirmer qu’il envisage la réalité à travers un idéalisme chimérique faisant de lui un poète romantique ?

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