Critique de Le Caïman par Sophie Pierre

Le Caïman, Nanni Moretti, 2006

L’Odyssée présente, jusqu’à la mi-avril, Le Caïman de Nanni Moretti, sorti en 2006. Grand vainqueur des Donatello de la même année avec six prix, le film est drôle, mordant et doué d’une grande qualité esthétique.

Entre politique crapuleuse, production cinématographique désastreuse et personnages truculents, Nanni Moretti construit une fiction élaborée dans laquelle il promène allégrement le spectateur. Des plateaux de tournage, au terne bureau du personnage principal Bruno Bonomo (interprété par Silvio Orlando), en passant par l’appartement familial, on plonge dans la vie d’un Bruno désemparé, quitté par sa femme et au bord de la faillite professionnelle. Producteur de séries Z, délaissé par le monde du cinéma, il n’arrive plus à mener à bien ses projets et vilipende un public qui n’a plus goût aux films de genre. Son désarroi s’amenuise lorsque la jeune réalisatrice Teresa (jouée par Jasmine Trinca) lui propose un scénario sur la vie politique de Silvio Berlusconi : Il Caimano. Bruno entreprend alors maladroitement mais résolument la mise sur pied de ce projet.

Le Caïman, malgré son apparente légèreté est une fiction dense, éminemment politique, construite autour d’une temporalité complexe et d’une esthétique réflexive, qui fait honneur à tout un pan du cinéma italien. L’introduction ensoleillée, digne des séries méditerranéennes, rehaussée de couleurs franches et criardes, s’attache aux gros plans et à la sensiblerie et s’amuse des clichés. Elle laisse cependant place à une plus grande retenue, à des teintes moins tapageuses lorsque le spectateur découvre la souffrance de Bruno : ses nuits sur un lit de fortune à l’arrière de son bureau, sa jalousie, sa solitude. L’esthétique s’adapte au récit et jongle entre différents univers pour renforcer les problématiques narratives et dynamiser la forme du film. Encore, Nanni Moretti, à travers des digressions, s’amuse avec les codes de genre et rend hommages aux films de séries Z et aux grandes fictions politiques du cinéma italien des années 70. Celles-ci interviennent lorsque Bruno raconte à ses enfants le fameux Cataracte dans lequel leur maman a joué quelques années plus tôt ou encore lorsque des discussions ont lieu autour du film à venir Le Caiman. La temporalité est alors travaillée sur plusieurs niveaux et offre au spectateur un délicieux parcours labyrinthique.

Le Caiman est une agréable fable caustique sur l’Italie actuelle, qui dresse intelligemment un portrait de Berlusconi et réussit à aborder avec efficacité et subtilité des problématiques contemporaines.

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