Critique de Abracadabra par Calvin Roy

Abracadabra, Pablo Berger, 2017

Abracadabra fait partie de ces films auxquels l’on ne s’attend absolument pas. Le film est une excellente surprise, un savant mélange des genres où s’entremêlent la comédie romantique, le fantastique, le drame et une pointe d’horreur. Résultat : un film complètement barré qui fourmille d’idées brillantes sur fond de manifeste féministe, où se croisent des personnages extraordinaires.

Carmen est malheureuse. Son mari Carlos est bien plus impliqué dans le match Real-Barça que dans leur mariage. Lors d’un spectacle d’hypnose, l’homme, moqueur, se porte volontaire en tant que cobaye. Carlos se retrouve alors possédé par un esprit étranger et se transforme en parfait petit mari. Lors de son enquête, Carmen découvre que la nouvelle personnalité de son mari appartient à un dangereux meurtrier ayant sévi dans les années 80…

Est-il vraiment nécessaire d’en rajouter ? La critique pourrait s’arrêter là, l’extravagance de l’histoire étant un argument suffisant pour découvrir le film. Abracadabra propose un enchaînement virtuose de saynètes invraisemblables et irrésistibles. Pablo Berger jongle avec les genres et avec les tons, passant de l’un à l’autre avec une facilité déconcertante. Carmen croise le chemin de personnages tous plus absurdes et burlesques les uns que les autres : un maître hypnotiseur prétendant être dentiste, un agent de sécurité de supermarché croyant être un espion en mission secrète, un couple échangiste très entreprenant, un agent immobilier prenant trop au sérieux le récit d’un meurtre atroce, un chauffeur de taxi violent tout droit sorti de Taxi Driver… Le film regorge de surprises de ce genre.

En plus de son extraordinaire galerie de personnages tout droit sortis d’un film de David Lynch, le film propose de vraies idées de mise en scène, toujours drôles et créatives, notamment à travers des couleurs criardes, des plans symétriques et des costumes de mauvais goût. Sur le fil du rasoir, Pablo Berger joue constamment sur les décalages et il fait preuve d’une grande maîtrise du rythme, toujours dynamique tout en laissant de la place à l’émotion.

Toujours pas convaincus ? Dans Abracadabra, vous découvrirez une fantastique (et tragique) utilisation de la danse des canards… Finalement, derrière l’extravagance du film se cache en fait un propos assez passionnant : autour de Carmen, tous les personnages prétendent être quelqu’un qu’ils ne sont pas. Ils jouent tous un rôle, ils mentent et fabulent une personnalité autre. En réalité, Abracadabra est un film sur les histoires que l’on se raconte, que ce soit à soi-même ou bien celles que l’on projette sur les autres. En pleine crise existentielle elle aussi, Carmen se cherche et se demande qui elle désire réellement être. Veut-elle demeurer dans son rôle d’épouse soumise à un mari grossier ? Le film est une belle histoire d’émancipation sur fond de comédie fantastique abracadabrante (désolé).

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