Critique de Ragtime par Ursula Le Menn

Ragtime, Milos Forman, 1981

Fuyant le Printemps de Prague de 1968, le tchèque Milos Forman s’installe aux Etats-Unis et obtient la nationalité américaine en 1977. Fort de plusieurs films dont  « Hair » et « Vol Au-dessus d’un nid de coucou », récompensé entre autres par les oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur, il se lance dans un vaste projet sur l’Histoire de l’Amérique du début du siècle dernier avec « Ragtime » en 1981.

Film choral, « Ragtime » suit le destin d’une multitude de protagonistes, ayant pour certains réellement existé et y associe le destin d’une famille bourgeoise de New Rochelle, banlieue cossue de New York. Cette famille, apparemment sans histoire, va être confrontée à la question noire. Elle recueille en effet une jeune domestique de couleur dont le mari, un pianiste de ragtime, va être victime de discriminations et d’humiliations. Le musicien refuse de voir son honneur et ses droits bafoués et va se lancer dans un conflit armé et sanglant afin d’obtenir réparation. Le père de famille noir peine à rassembler ses proches : son beau-frère rentre dans le terrorisme armé de la cause noire, sa femme s’éloigne de lui alors que lui-même oublie de s’occuper de son fils.

On retrouve dans cette œuvre tout ce qui par la suite fera de Forman l’un des plus grands portraitistes du cinéma grâce à « Amadeus » et « Man On The Moon ». L’amour et le respect qu’il porte à ses personnages, aussi faillibles soient-ils, transparaît à chaque plan. Sans atteindre la flamboyance d’un « Il Etait Une Fois En Amérique » sorti trois ans plus tard, il préfère s’attarder sur les faiblesses de ces hommes et femmes confrontés aux énormes chamboulements sociaux et sociétaux de leur pays à l’aube du XXe siècle. En tant qu’immigré, le réalisateur porte un regard à la fois admiratif mais sans concession à l’encontre des Etats-Unis qui l’accueillirent quelques années auparavant. Chronique de la modernisation et de l’urbanisation d’un pays, « Ragtime » revient sur les racines contestables de l’Amérique: le racisme et la violence. Le film souligne la difficile construction d’un état de droit, les clivages sociaux, la cupidité et l’individualisme. La bienveillance de Forman se porte quant à elle sur les classes défavorisées issues de l’immigration. Œuvre quelque peu oubliée de son auteur qui nous quitta l’année dernière, « Ragtime » est sans aucun doute l’une de ses réalisations les plus puissante et magistrale qui mérite sa place aux côtés de ses films les plus célèbres.

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