Critique de «La tête haute» par Floria Domingos

La tête haute, Emmanuelle Bercot, 2014

Un cyclone d’émotions qui ne semble ne jamais pouvoir redescendre. Dès l’ouverture du film, Emmanuelle Bercot nous présente une mère passive/agressive avec son petit garçon de 7 ans, Malony. A hauteur d’enfant et sans quitter ses semelles, nous vivons avec lui des sentiments d’une forte intensité. D’une poigne un peu trop vive à une sensation d’abandon, le chemin s’est vite frayé, à vrai dire il était déjà tout tracé.

Alors huit années après nous découvrons le résultat, un changement de ton stupéfiant. Le jeune garçon que nous voyions innocent et muet conduit à grande vitesse et à coup de dérapages, une voiture volée avec grande excitation, sa mère à ses côtés. Mais à l’image du film en son intégralité, les aléas des changements d’humeur et la staticité d’une haine tantôt refoulée, tantôt déchargée promettent un récit tout en vivacité, avec plus de bas que de hauts. A la suite de cette scène, la musique s’arrête nette accentuant un cut tranchant pour annoncer les répercussions, le retour chez la Juge. Nous comprenons immédiatement, Malony devra se refermer sur lui comme la main de sa mère afin de survivre dans cet environnement, qui fait obstacle à son épanouissement, constitué sur une mère instable et des centres qui se relaient son dossier chargé. Que peuvent d’ailleurs enseigner à Malony tous ces professionnels de l’éducation ? Le respect, la persévérance, l’autonomie ne sont que des apparats qui ne prendront leur valeur qu’une fois la base bien enracinée.

La Tête haute parle d’ouverture : ouverture sur soi et aux autres afin de s’établir la tête haute, une posture bien fière. En effet, malgré un sujet délicat et souvent déprimant, Emmanuelle Bercot nous demande d’appréhender la porte de sortie, qui s’ouvre lorsque nous nous relâchons enfin. En séance avec l’infirmière d’un énième camp d’éducation renforcé, un gros plan nous montre quel enjeu est à considérer. Malony constamment poing fermé, ouvre la main, finalement ! Dès lors, il reprend sa vie dans le creux de ses mains pour débuter un nouveau chapitre de sa vie. Nous évoquions une sensation de tempête d’émotions mais toutes ces émotions négatives s’emballent pour ne laisser place qu’à la confusion et la colère d’être comme impuissant face à sa vie. Cette tourmente qu’est la vie est inévitable toutefois, il prend dorénavant un aspect plus jovial, à l’image du visage heureux de Malony conduisant un tracteur dont il ressent l’enivrement du tourbillon sur lequel il a le contrôle. Il est important de revenir sur un aparté qui nous est indirectement fait lorsque Malony demande à son nouvel éducateur qui il est, en gros plan et regard caméra. Pourquoi sommes-nous effectivement pris à parti dans cette réalité que peu d’entre nous connaissent ? Nous sommes invité-e-s à rompre les clichés que nous entretenons, à la tolérance envers soi et à l’entraide, dans ce parcours tortueux qu’est la vie. Tout simplement.

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