Critique de Drive par Loïc Besnier

Drive, Nicolas Winding Refn, 2011

En l’espace d’une décennie, le cinéaste danois Nicolas Winding Refn est devenu une icône dans le monde entier. Si ses débuts très réussis (la trilogie Pusher notamment) sont quelques temps restés confidentiels, il n’aura fallu qu’un instant, une voiture qui file dans la nuit, sous les lumières des réverbères de Los Angeles, pour que Refn passe dans une autre dimension, du statut de cinéaste underground prisé des cinéphiles à celui de superstar.

Drive est un film qui réussit à éviter un certain nombre d’écueils du cinéma moderne. Résolument dans l’ère du temps, il arbore une esthétique de clip que Xavier Dolan ne renierait pas mais cette esthétique est ici justifiée par l’ambiance nocturne et hypnotique distillée tout au long du film. Les voitures et les lumières agissent en immergeant totalement le spectateur à l’intérieur du film. Cette réussite portera d’ailleurs préjudice au cinéaste qui tombera dans la caricature quelques temps plus tard avec le grotesque Only God Forgives.

Oscillant entre calme plat et déchaînements de violence évoquant au choix Tarantino ou les frères Coen, Drive est une forme de quintessence de ce qui plait ou a plu au cinéma dans les années 2000.

Si le scénario ne brille ni par son originalité, ni par la qualité des dialogues, il a au moins le mérite de ne pas tomber dans la romance à l’eau de rose ou dans le film de vengeance trash et gratuit, travers dans lequel tombent malheureusement trop de jeunes réalisateurs parfois un peu trop influencés par les cinéastes sus-cités.

Refn semble plus miser sur l’atmosphère étouffante de son film plutôt que sur un quelconque enchainement de péripéties ou sur les confrontations avec les personnages qui finissent presque par paraitre anecdotiques. Nicolas Winding Refn transforme un scénario de série B en un film envoutant, se permettant au passage de révéler au grand jour tout le talent de Ryan Gosling, le sortant de son image de jeune premier.

Drive semble parfois très proche de certains westerns et se place à la lisière entre film noir et western crépusculaire.

Les voitures ont remplacé les chevaux, mais peu importe, le héros est toujours le même, cowboy solitaire, mutique et limite psychopathe, mi Clint Eastwood, mi Delon chez Melville. Ryan Gosling campe un personnage dont on ignore le nom. La seule chose que l’on sait à son sujet c’est qu’il conduit pour des cascades au cinéma à la manière du pasteur de Pale Rider. Sous ses grands airs de polar nocturne à la mode, se cache un objet bien plus précieux, quelque part entre Asphalt Jungle, French Connection et Pale Rider.

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