Critique de Toni Erdmann par Janaina Iszlaji

Toni Erdmann, Maren Ade, 2016

Un père rend visite surprise à sa fille. C’est le point de départ de Toni Erdmann, le troisième long-métrage de Maren Aden qui a fait l’unanimité à Cannes en 2016. La comédie  dramatique allemande attire notre attention depuis sa première scène par son langage direct et son humour déconcertant. La réalisatrice nous raconte l’histoire d’une relation non conventionnelle entre un père et une fille qui ne se comprennent pas. Les scènes brisent nos attentes avec des événements inusités et des dialogues exceptionnels où la rupture avec la logique et la monotonie du quotidien sont centrales. Avec un accueil triomphal de la presse, le film a remporté le prix de la Critique internationale à Cannes et le Grand prix de la Fipresci en 2016. Drôle et touchant, Toni Erdmann figure parmi les meilleures comédies des dernières années.   

Es-tu heureuse ici? La question posée par son père est simple et pourtant Inès n’arrive pas à lui répondre. Ce silence nous perturbe et nous interroge: quelle est la place de la joie dans notre vie? Envoyée à Bucarest pour une négociation financière délicate, cette femme d’affaires semble avoir une vie de succès aux regards inattentifs. Indépendante, sérieuse et très organisée, Inês croit être toujours au contrôle des situations. Néanmoins, l’arrivée inattendue de son père tremble son monde stable et la déstabilise. Musicien excentrique et badin, Winfried essaie de se rapprocher de sa fille, mais la rendre, tout le temps, honteuse. La distance et le manque d’intimité marquent cette relation père-fille qui est au coeur de l’excellent récit mené par Maren Aden. Comment renforcer ce lien? Par l’humour, évidemment! L’entrée de Tony Erdmann, masque de coach joué par Winfried pour entrer dans l’univers de sa fille, nous surprend par l’originalité des pitreries et le renversement de l’ordre.

« L’humour vient toujours d’un désespoir ». Aucune autre scène ne pourrait mieux illustrer la phrase de Maren Aden que celle où Inès chante comme une casserole à côté de son père. On est étonné; on pleure et on rit en même temps dans cette séquence qui  touche nos coeurs par le sens de vérité, l’exposition du soi et la quête de liberté. C’est enfin, le pouvoir de l’art qui nous rappelle que nous sommes encore vivants, malgré nos difficultés personnels et l’insensibilité d’une société exigeante et performative. La faible communication entre Inês et Winfried les empêchent de construire une relation de proximité et pourtant la bienveillance entre eux est toujours présente. Est-ce que le jugement peut se convertir en ouverture et acceptation d’autrui? Est-ce que le désespoir peut se convertir en joie? On attend une réponse, mais Winfried nous offre un simple conseil:  « Il ne faut pas perdre votre humour » !  

La caméra naturaliste de Patrick Oth met en évidence la relation père/fille avec une simplicité qui nous fascine. Les brillantes performances de Sandra Hüller et Peter Simonseck nous captivent pendant les 2h45 qu’on ne voit pas passer; on s’attache aux personnages, on les aime comme ils sont. Une oeuvre qui nous invite à reconsidérer l’essentiel: nos liens familiaux, notre façon de regarder la vie et surtout notre désir profond d’être nous-même, qu’’importe si par la folie, l’extravagance ou le ridicule. Film drôle, passionnant, génial! À ne pas rater au cinéma Odyssée!

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