Critique du « Boulevard du crépuscule » par Sophie Pierre

Boulevard du crépuscule de Billy Wilder, 1950

L’Odyssée présente actuellement Boulevard du crépuscule, chef-d’oeuvre de Billy Wilder, sorti en 1950. Tirant son nom du fameux boulevard hollywoodien, le film questionne l’industrie cinématographique états-unienne en mêlant subtilement humour et drame dans un film noir somptueux.

Boulevard du crépuscule est l’histoire de deux personnages broyés par la machine hollywoodienne : Joe Gillis, jeune scénariste endetté et Norma Desmond, vieille actrice du muet qui n’arrive plus à trouver sa place dans ce cinéma devenu parlant. Élaboré autour de flash-back, le film s’ouvre sur un cadavre gisant dans une piscine. Une voix off narre le parcours funeste de cet homme dont on comprend qu’il s’agit de Joe Gillis. Cet homme s’est réfugié quelques temps plus tôt par hasard chez Norma Desmond lors d’une course poursuite. Alors qu’elle apprend qu’il est scénariste, la vedette délaissée lui propose de l’employer. Hébergé dans la luxueuse villa de l’artiste et couvert de cadeaux, Joe Gillis profite quelques temps de la situation mais tombe sous le charme d’une jeune femme, Betty. Norma, follement jalouse, ne le laisse pas quitter la propriété.

Film emblématique de l’âge d’or hollywoodien, Boulevard du crépuscule porte avec acuité un regard sur l’industrie cinématographique des années 50, encore dominée par le système des studios. Le film révèle les rouages d’une mécanique totalisante et en dévoile les aspects les plus négatifs à travers le personnage de Norma Desmond. Cette star du cinéma muet dont plus personne ne ne se soucie, depuis l’avènement du parlant, sombre doucement dans la folie. Alors qu’elle ressasse sans cesse une époque révolue, son narcissisme la pousse à croire qu’elle retrouvera son aura des années 20. Vieillie et maquillée à outrance, cette actrice propulsée par l’apparition du star system devient un spectre du muet qui cherche à nouveau la lumière.

Le film est un hommage surprenant à tout un pan de l’histoire du cinéma, à ces monstres sacrés du muet, tenus définitivement au silence par une nouvelle industrie galopante. On pense à Erich von Stroheim, interprète du domestique de Norma, qui a quasiment arrêté sa carrière de cinéaste à l’arrivée du parlant, à l’apparition de Buster Keaton et évidemment à Gloria Swanson qui offre une inoubliable performance d’actrice.

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