Critique « Les Chasses du comte Zaroff » par Matthias Giachino

Les Chasses du comte Zaroff de Ernest B. Schoedsak et Irving Pichel, 1934

Chères lectrices, chers lecteurs, 

Avec l’Odyssée, toutes les époques du cinéma sont mises à l’honneur. Avoir une telle salle est une opportunité unique pour développer sa culture cinématographique où il est parfois nécessaire de braver les frontières du temps Aujourd’hui, cap sur un classique des années 30 : Les Chasses du comte Zaroff.

Sorti en 1932, ce film est une production américaine d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel. Si Irving Pichel, acteur de formation, fait l’objet d’une filmographie plutôt anecdotique, celle d’Ernest B. Schoedsack est plus contrastée. En l’espèce, ce dernier est un spécialiste du genre fantastique grâce à ses deux œuvres majeures : Les chasses du comte Zaroff (1932) et King Kong (1933). Anecdote intéressante : les deux films ont été tourné dans les mêmes décors. Le réalisateur est surtout reconnu pour sa patte artistique où se mêle une utilisation de décors grandeur nature et une production technique en avance sur son temps. Ce qui nous donne deux films d’exceptions définissant les codes du genre.

L’introduction touchant à sa fin, les contours d’une île bien mystérieuse se dessine à l’horizon. Les lumières s’éteignent, le temps s’arrête : place au cinéma, place à l’émotion !

Désormais, nous sommes au côté d’un capitaine de navire dont les préoccupations deviennent de plus en plus inquiétantes. En l’espèce, les balises de localisation auquel il est confronté semblent être contradictoires aux indications de la carte maritime. Le bateau fait donc fausse route et vient s’échouer sur une île au relief hostile. Le seul survivant de ce naufrage n’est autre qu’un chasseur internationalement réputé : Bob Rainsford. Une fois arrivé sur ce bout de terre qui semble pourtant si désert, le protagoniste du film tombera nez à nez avec une demeure aux airs gothique et lugubre. Réceptionné par un serviteur répondant au nom d’Ivar, l’accueil est glacial tant ce personnage est silencieux et physiquement apeurant. Ivar sera soudainement stoppé par une voix obscure : celle du comte Zaroff. Il porte sur lui l’élégance et le dédain de la haute bourgeoisie. Physiquement, sa morphologie et son visage si sombre inspire le vice. D’autant plus que l’acteur choisi pour ce rôle, Leslie Banks, a un regard globuleux assez terrifiant. Mais rapidement, Bob ne sera pas seul dans cette situation de rescapé. Le château du comte est en quelque sorte une demeure pour les perdus en mer. Notre chasseur rencontre ainsi Eve Throwbrige et son frère Martin.

Cependant, derrière cette vie de château, une bien étrange passion nourrie les désirs du comte Zaroff. Grand chasseur qu’il est, ce dernier reconnait qu’il s’ennuie à chasser l’animal. Il a parcouru la terre entière et à chasser tout type de bêtes. Lasse de cette passion qui se meure, le comte a décidé de développer une nouvelle forme de chasse. En effet, Eve et Bob se rendent vite compte que la passion du comte est de s’attaquer à un animal particulier : l’homme. Face à cette révélation et à des disparitions intrigantes, les deux rescapés tentent tant bien que mal d’enquêter et de comprendre. Mais les recherches se retrouvent vite écourter par les plans macabres du comte. S’ensuit ainsi une longue chasse à l’homme où le comte braconne Bob et Eve sur des terres qu’il connait par cœur…

Face à ce film, deux thématiques surgissent et interrogent. La première est évidemment celle de la chasse et surtout le rapport qu’il existe entre le chasseur et le chassé. Ici, une ligne est franchie : l’animal et l’humain se confondent. On alterne fréquemment le point de vue du chasseur et du gibier, ce qui provoque une sensation très stressante. Quand bien même on est confronté à des êtres humains, Bob et Eve subissent le sort de l’animal chassé. Et même si l’engagement des deux réalisateurs n’est pas clairement affirmé, on ressent cette volonté d’échanger les rôles et de mettre l’humain face à ses actes. Ils sont traqués, désavantagés et déboussolés dans des décors immersifs de forêt et de marécage. La chasse devient un jeu où la survie est votre seule motivation.

Le second thème, quant à lui, est plus indirect et correspond à la relation générale que Zaroff entretient avec l’ennui. Il permet de voir comment l’ennui a pu ronger un homme au point de considérer ce genre d’activité. Un ennui qui pousse un être à cultiver des envies et des passions pour ce qui a de plus extrême. La chasse aux animaux ne suffit plus pour Zaroff, il lui faut une nouvelle sensation, une nouvelle forme d’adrénaline. Pour combler ce vide, il se nourrit de sa folie et de sa capacité à ne plus voir les barrières tant morales que matérielles. La chasse à l’homme devient acceptable et possible à ses yeux. Elle devient l’unique raison de sa vie.

Mais au-delà de ces deux sujets, le spectateur est surtout plongélivres des années 60 / 70 où se mêle de courts récits tournant autour du mystère, du fantastique et de l’horreur. Les décors et l’intrigue y sont pour beaucoup. Mais cela est sublimé par la réalisation plutôt avant-gardiste de Schoedsack et son compère Pichel mais aussi par l’interprétation très théâtrale du compte de Zaroff par Leslie Banks. Chaque plan joue avec l’excentricité du personnage. Les grands yeux de l’épouvante propre à l’acteur et sa captation par la caméra ont créé un personnage marquant du 7ème art. On assiste à une prestation assez similaire à celle de Béla Lugosi dans le film Dracula de 1931.  Autant sur le plan physique que sur le jeu d’acteur remarquable.

Finalement, c’est un film court, sans détour et très appréciable que nous offres les deux réalisateurs. Si de premier abord, le scénario peut sembler des plus simple, ce dernier cache quand même des sujets profonds et intéressants. L’œuvre traite avec brio l’éventualité où l’homme, qui se définit comme un chasseur, devient le chassé. Le changement de paradoxe est total. Il est certain en tout cas que la citation de Thomas Hobbes n’a jamais eu d’aussi belle illustration : l’homme est un loup pour l’homme.

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