Critique de Zombie par Calvin Roy

• Zombie, 1983, George A. Romero.

Déjà en 1968, George Romero réinvente radicalement le film de zombies avec l’inoubliable Night Of The Living Dead, œuvre profondément politique et dérangeante. Dix ans plus tard en 1978, ses zombies envahissent à nouveau les écrans, plus étranges et plus radicaux que jamais, dans Zombie – plus connu sous le doux nom de Dawn Of The Dead en version originale. Désormais, il ne s’agit plus seulement de créatures de la nuit envahissant les zones rurales, mais ils sont maintenant partout, errant également le jour, en pleine ville… Un seul mot d’ordre : « quand il n’y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur Terre ».

La jeune Fran, journaliste pour la télévision, se réveille d’une sieste. Stupéfaite, elle découvre alors le studio en proie au chaos le plus total et ses collègues en ébullition. Un invité à l’antenne annonce que les morts se relèvent et dévorent les vivants ! Le temps d’une sieste, la civilisation a chancelé. Steve, son petit-ami, fait irruption. Pas de temps à perdre, tous deux s’enfuient en hélicoptère. Rejoints par Peter et Roger, deux membres du SWAT, ils fuient tous ensemble l’Apocalypse et trouvent refuge dans un centre-commercial. Là, ils tentent de reprendre le contrôle des lieux…

Revoir Zombie en 2019 est une expérience troublante. Alors que les morts-vivants pullulent à l’écran – The Walking Dead, iZombie, Z Nation, Kingdom, Retour à Zombieland, The Dead Don’t Die, et bien d’autres – force est de constater que tout était déjà en germe dans l’œuvre de Romero. Les cannibales morts-vivants dénué d’émotions errant sans but ; les questionnements existentiels sur l’éventuelle humanité de ces créatures ; les groupes qui se désagrègent ; la civilisation qui vacille… Tout est déjà là : l’immortelle figure du zombie n’a quasiment pas changé depuis 1968. Obéissant toujours aux règles de son créateur, les zombies de Romero reflètent évidemment la perte de notre propre humanité et la vanité de notre monde. Résolument en avance sur son temps, Zombie est un film radical, voire même avant-gardiste.

George Romero frappe fort par le théâtre choisi pour son intrigue : un centre-commercial. Tourné dans l’un des premiers bâtiments du genre qui fut construit aux Etats-Unis, le film représente déjà un tel endroit comme un lieu sans vie, comme un lieu d’errance, dénué de sens. Le cinéaste filme ses zombies errant devant les boutiques, observant les vitrines avec le regard vide, empruntant les escalators d’un air hagard… Pourquoi sont-ils ici ? « Par instinct. Ils se souviennent de ce qu’ils avaient l’habitude de faire. C’était un endroit important de leur vivant » observe Steven. L’intuition de Romero concernant ces centres-commerciaux au moment même de leur émergence est d’une justesse troublante, surtout en ce début de XXIème siècle. De plus, le réalisateur utilise son décor de manière ludique, comme un terrain de jeu dans lequel les personnages tentent de survivre tant bien que mal. Les rideaux de fer, les escalators, les vitrines ou encore les ascenseurs sont brillamment utilisés comme des habiles outils de mise en scène, sources de frisson et de surprises.

Non seulement Zombie s’avère précurseur et créatif, il demeure également solidement ancré dans une actualité brûlante. La brillante séquence d’ouverture dans le studio de télévision tacle le sensationnalisme des médias putassiers, en atteste le personnage du réalisateur de l’émission lorsqu’il hurle à son équipe paniquée de « continuer à filmer ».  Même la police en prend pour son grade dans une scène saisissante : les forces de l’ordre interviennent dans un bâtiment occupé par des minorités, lancent des injures profondément racistes et entrent dans une frénésie meurtrière, tirant sur tout ce qui bouge… Les échos avec la réalité sont nombreux.

Avec ce film, Romero lance un cri du cœur déchirant, un cri troublant qui résonne encore parfaitement dans le climat américain actuel : « Il ne s’agit plus des Républicains contre les Démocrates, nous menons une autre guerre […]. Nous ne pouvons nous permettre aucune division parmi les vivants ! ». Devra-t-on attendre une Apocalypse zombie pour s’unir ?

Calvin Roy

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