Critique de « Le Roi et l’Oiseau » par Loïc Besnier

Si le monde du film d’animation semble marqué par une nette domination des productions Disney, cela n’empêche pas une forme de concurrence. Ainsi quand en 1953 sort le très célèbre Peter-Pan, un film qui deviendra un objet de référence est réalisé en France : Le Roi et l’Oiseau.

Le film est une adaptation du conte d’Andersen, La Bergère et le Ramoneur. On retrouve à la réalisation Paul Grimault, et au scénario le poète Jacques Prévert. Une première version est alors montée sous le titre « La Bergère et le Ramoneur », devant révolutionner le cinéma français en étant le premier long métrage d’animation. Mais suite à des désaccords financiers Grimault et Prévert désavouèrent cette première version du film, qui remporta malgré tout un certain succès d’estime.

Les deux hommes n’abandonnèrent pas le projet et à l’aide de rush de « La Bergère et le Ramoneur » et d’un nouveau tournage, ils réalisent « Le Roi et l’Oiseau » qui sortira en 1980, soit vingt-sept ans après sa première version et trois ans après la mort de Prévert.

Le Roi et l’Oiseau se déroule dans un royaume placé sous le joug d’un despote mégalomane répondant au doux nom de Charles Cinq-et-trois-font-huit-et-huit-font-seize. Son seul opposant est un oiseau qui le raille depuis son perchoir. Dans ce royaume, portraits et sculptures prennent vie à la nuit tombée, et le roi est amoureux de l’une d’elle, une bergère. Cependant cette dernière aime le ramoneur. Ils décident alors de s’enfuir.

S’il peut dérouter pendant quelques instants, Le Roi et l’Oiseau apparaît rapidement comme un bijou d’animation, les personnages évoluent dans les décors sublime d’une ville kafkaïenne à souhait.

Bien loin des récits parfois trop niais des films d’animation de l’époque, nous sommes ici plongés dans un climat sombre et parfois anxiogène, propre à ce qui est montré à l’écran : ni plus ni moins qu’une dictature avec tout ce que cela comporte (élimination des opposants, police secrète…).

Le Roi et l’Oiseau pourra rebuter les plus jeunes peu habitués à ce style d’animation à ce genre de propos sombre. Il faut peut-être attendre un certain âge pour se plonger dans les méandres de ce film qui apparaîtra alors comme une œuvre totale. Totale car le fond comme la forme atteignent des sommets que peu peuvent se targuer d’avoir gravis.

Aujourd’hui, quarante ans après la version finale et presque soixante-dix ans après La Bergère et le ramoneur, le film reste une référence en la matière, dépassant le simple cadre du cinéma d’animation, s’inscrivant dans l’histoire du cinéma comme un film, un grand film.

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