Critique de «Les Fils de l’Homme» par Calvin Roy

La carrière d’Alfonso Cuaron est surprenante. Aucun genre ne semble lui résister : aux commandes du meilleur volet d’Harry Potter, brillant dans le film d’aventure spatial avec Gravity, excellant dans le drame social avec Roma… Dans Les Fils de l’Homme, le cinéaste s’attelle à la science-fiction et prouve une fois de plus qu’il transforme tout ce qu’il touche en or.

En 2027, la quasi-totalité de la population est devenue stérile. Vieillissement de la population, terrorisme, expulsion des immigrés, précarité rampante, émeutes… La civilisation est au bord de l’implosion. Dans un café londonien, la foule se précipite devant le petit écran : le plus jeune humain sur Terre vient de mourir à l’âge de 18 ans. La nouvelle fait l’effet d’une bombe. C’est dans ce contexte chaotique et sans espoir qu’un ancien militant se voit chargé d’une mission suicide : Theo doit escorter Kee, une fugitive, jusqu’à la côte. Elle est la première personne à tomber enceinte depuis bientôt deux décennies…

Dans un film de science-fiction, il est toujours risqué de dater l’action du récit – il n’y a qu’à voir Akira, Blade Runner ou encore Retour vers le futur pour se rendre compte que l’année 2019 est bien différente de la fiction. Les Fils de l’Homme, quant à lui, rappelle étrangement le JT de 20 heures. En 2006, Cuaron dresse un portrait d’une profonde noirceur de l’année 2027, un portrait déjà bien familier en 2020. Montée des extrêmes, attaques terroristes, crises migratoires, escalade des violences, fermeture des frontières britanniques… Le long-métrage trouble par ses échos avec l’actualité. Cuaron est ancré dans un réel brut, sans fioriture. Ici, pas de moto futuriste, pas d’androïdes rêveurs, pas de voiture à remonter le temps, mais une réalité âcre et brutale. Le cinéaste manie de subtils éléments de science-fiction qu’il mêle au drame social pour un résultat ultraréaliste brillamment terrifiant. Sur son chemin pour aller au travail, Theo passe devant des cages où sont entassés des migrants. Comment ne pas penser aux camps de détention de migrants à El Paso sous l’administration Trump ?

Le récit coup-de-poing des Fils de l’Homme est magnifié par une mise en scène virtuose, débordante d’ingéniosité. La réalisation de Cuaron est extraordinaire : plan-séquences, caméra à l’épaule, style documentaire… Reportage de guerre ou Les Fils de l’Homme, difficile de faire la différence. L’immersion du spectateur est totale au cœur de l’horreur, l’expérience est à couper le souffle – expérience évidemment renforcée dans une salle de cinéma. Alors que tout semble perdu dans un monde pourri jusqu’à l’os, l’arrivée imminente de ce bébé est attendu tel un Messi. Le film flirte avec le sacré ; l’enfant est une lueur d’espoir miraculeuse, un phare qui guide le chemin de Theo et Kee parmi le chaos de Londres, un chaos d’une beauté troublante.

Enfin, impossible de ne pas évoquer le génial Michael Caine, en vieux hippie qui raconte des blagues parmi ses plants de cannabis. Son personnage à lui tout seul suffit pour justifier la (re)découverte des Fils de l’Homme.

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