Critique « La révolution silencieuse » (2018) par Lisa

Parce qu’ils ont décidé de se taire

La Révolution Silencieuse, avant d’être un film de Lars Kraume, est une histoire vraie. Une classe de dix-neuf lycéens vivant en Allemagne de l’Est (RDA) en 1956 a chamboulé tout l’État après qu’ils aient fait une minute de silence en soutien à l’insurrection meurtrière de Budapest. Au travers de cet acte, le réalisateur montre jusqu’où l’opposition des jeunes peut mener tout un pays.

La RDA, sous régime communiste, était en opposition avec cette insurrection. Toute opposition avec le régime était fortement réprimée. Il n’a donc pas été facile pour Kurt, Theo et le reste de leurs camarades de ne pas répondre sur la nature de leur acte. Vous l’aurez compris, cette minute de silence se transforme rapidement séances d’interrogatoires. La réalisation est donc très classique sur ce point.

Les deux héros du films, Kurt et Théo, sont dès la première scène dépeints comme des jeunes très audacieux avec de fortes convictions lorsqu’ils doivent montrer patte blanche aux militaires dans le train pour passer d’un État à l’autre. Cette audace est très bien interprétée par les deux acteurs tout au long du film. On ressent immédiatement que ce sont eux les leaders de la classe. Il y a une grande palette de personnages dans le film. C’est pourtant à travers

ces deux héros que Kraume a décidé de faire porter toute la classe. Cela permet de créer rapidement sentiment d’attachement à la classe entière et mettre en avant le pathos. Les deux amis vont pourtant avoir des idées opposées lorsqu’ils doivent choisir entre mentir et dire la vérité sur la raison de la minute de silence.

Dès le début du film le but n’est pas de connaitre la nature de leur acte. Leur motivation est claire. Ainsi, nous nous demandons à chaque instant quand est-ce que l’un des personnages va lâcher prise et dire qui est le meneur de ce mouvement. Le long métrage est rythmé par les tensions au sein de la classe et les interrogatoires qui deviennent de plus en plus menaçants. Lars Kraume nous accroche à notre siège en nous faisant ressentir toutes ces tensions notamment lorsque le ministre de l’Éducation vient se mêler en personne de l’affaire.

Le film témoigne de façon très subtile sur les des difficultés économiques et sociales de l’Allemagne de l’Est. Sans leur bac, les élèves sont condamnés à faire un métier physique et rude comme le père de Theo. C’est pour cela que le ministre de l’Éducation va les menacer de ne pas leur délivrer leur bac pour les faire avouer. Cela va marquer une nette accélération dans le film notamment avec le père de Théo. Il ne pense qu’à l’avenir de son fils s’il n’obtient pas son baccalauréat. C’est pour cela que le réalisateur va nous mener jusqu’à sans une usine pour que le père de Théo le mette face à la réalité du monde du travail sans son bac.

On pourrait reprocher au film de pas donner assez de détails sur ces faits historiques. Le film est donc très énigmatique. Cependant cela permet de nous mettre dans la peau des lycéens puisqu’ils sont autant dans le manque d’information que nous. Cela est dû à la propagande et la censure qui sont très présents dans le film. Être libre-penseur est synonyme d’ennemi de l’État. Les élèves étaient donc la cible de l’État dans chacune des scènes.La Révolution Silencieuse est donc un film incontournable qui est rempli de rebondissements. C’est un thriller dramatique sous tension où les personnages n’ont pas peur d’aller au bout de leurs convictions politiques et de leur colère ce qui est un sujet très actuel.

Critique « L’architecture du chaos » (1989) par Jana

Le mardi 11 décembre 2018, le cimetière israélite d’Herrlisheim a été profanée à Strasbourg. Plusieurs dizaines de stèles ont été taguées de croix gammées et recouvertes de graffitis antisémites. L’acte fait partie d‘une série d’épisodes de vandalisme que nos concitoyens ont témoigné pendant les derniers mois et qui se propagent partout en France. Dans ce contexte qui inquiète notre communauté et les autorités de l’Etat, le cinéma l’Odyssée lance dans la programmation du 14e Mois du cinéma Allemand et Germanophone, le prestigieux documentaire, L’Architecture du Chaos de Peter Cohen. La production audiovisuelle suédoise trace les grandes lignes de la conception esthétique d’Hitler, qui a débouché sur un idéal politique de Beauté et de Pureté pour le troisième Reich. Classique du genre, le documentaire est devenu une source historique importante à la compréhension du régime nazi et de l’antisémitisme.

Parmi les images de brouillons, peintures et dessins, Cohen nous projeta le profil artistique du jeune Hitler et ses ambitions de devenir architecte. Malgré la tentative frustrée d’entrer à l’académie de Beaux Arts de Viena, le futur dictateur continue à travailler comme artiste jusqu’à 1920. La politique n’était pas dans son horizon a priori. L’étude de Cohen sur les correspondances d’Hitler montrent l’impact décisif de l’Opéra Rienzi de Wagner sur son esprit. C’est à partir de l’expérience esthétique vécue dans le spectacle que la politique vient au centre de ses intérêts. L’antisémitisme, le culte nordique et le mythe du sang pur, très présentes dans les oeuvres de Richard Wagner, s’unissent en vue de fonder un modèle d’art pour une nouvelle civilisation. Ce sont les images de croix, symboles de propagande, brouillons de bâtiments et uniformes qui  révèlent la conception esthétique du Reich formulée par Hitler bien avant son arrivée au pouvoir en 1933.

 Le point fort du documentaire est la séquence des images et vidéos de grands rassemblements annuels du parti nazis. L’organisation spatiale, la disposition de l’armée,  la conception des drapeaux et des symboles du régime sont élaborés de manière précise et nous donne l’impression d’être en face d’un metteur en scène en plein exercice du pouvoir. Hitler joue un rôle majeur que celui du politicien; il se présente comme le “régénérateur” de la culture allemande et de sa grandeur. Depuis le début de son mandat, il conduit une politique de déconstruction de l’art contemporain en la classifiant tel que “l’art dégénéré” et source de “dépravation spirituelle et intellectuel” du peuple allemand.

Les expositions de l’art étaient organisées par le gouvernement et montraient un idéal de l’art en opposition à l’art “dégénérée”. À travers les images de l’époque, on découvre   certains types de représentations dites “imparfaits” et le parallèle que les autorités nazis établissaient entre elles et le peuple juifs et les  handicapés. C’est par les principes supérieurs de Beauté, Pureté et Santé qui le peuple allemand passe à régler sa vie quotidienne. Selon le réalisateur, la force du nazisme résidé en grande partie de l’ambition de créer un homme nouveau capable “d’embellir le monde”. Pour atteindre cet objectif, l’homme est obligé à se débarrasser de l’impureté, soit par la métissage, la maladie ou la convivialité avec les  “peuples impurs”. Dans ce sens, la séquence des extraits des propagandes nazis illustrant parfaitement comment le régime associait juifs à parasites. L’architecte du Chaos étends son empire, approfondit l’extermination de juifs et, en même temps achète belles oeuvres d’art et construit magnifiques bâtiments publics. C’est le paradoxe que Cohen nous fait vivre par la photographie et la peinture d’une guerre sanglante; chaos qui trouve ses limits en décembre de 1941 autour de Moscou.  

Entre source historique et approche originale, l’Architecture du Chaos est le résultat d’un regard artistique sur le nazisme. Cohen décrit comment Hitler fait de la réalité sa propre création artistique à travers la conception de l’Homme et de Beauté qui n’est pas de l’ordre de l’humain. Le documentaire nous interroge sur les limites concrètes des ambitions humaines des idéologies du XXe siècle. Entre images belles et terrifiantes se déroule devant les spectateurs, le drame d’un régime qui a connu la grandeur et la chute. Cohen nous fait comprendre que Hitler  vit  une “seconde réalité”,  où il “éclipse la réalité, le sens commun et l’éthique de la société”[1]. À travers la négation des “imperfections”, il s’auto-divinise et enferme une société dans sa propre création inhumaine.   Malgré la longue durée et le rythme un peu monotone, L’Architecture du Chaos est un excellent documentaire sur le nazisme, l’antisémitisme  et aussi, sur les limites éthiques de l’art. L’influence de Wagner sur la pensée politique d’Hitler est décisive et soulève des questions sur la responsabilité des artistes par rapport à sa création. Dans notre contexte de plus en plus instable, où les actes antisémites nous inquiètent et le phénomène des fakes news se propage, Peter Cohen nous avertit sur les dangers de vivre dans une “seconde réalité”, complètement déconnecté des faits réels et des expériences humaines de fragilité, maladie et impuissance. C’est un ouvrage majeur dans le genre qui nous fait confronter le problème du relativisme des nos valeurs fondamentales, tel que l’égalité et la dignité de la vie humaine. 


Galerie – les plus belles affiches

Ici aura lieu un Top 10 hebdomadaire qui réunira chaque semaine les dix plus jolies affiches que le personnel de la bibliothèque du film aura sélectionnées en parcourant la collection. Par ici les esthètes !

Rappel : toutes ces affiches sont en vente à la bibliothèque du film de l’Odyssée. Prix : 5,00 € pour les moyennes (A3) et 7,00 pour les grandes (A1).

Semaine du lundi 03/12 au 09/12/2018 :

Semaine du lundi 26/11 au 02/12/2018 :

Semaine du lundi 19/11 au 25/11/2018 :

Semaine du lundi 12/11 au 18/11/2018 :