Critique de Les nouveaux sauvages par Maximien Wald

Les nouveaux sauvages, Damian Szifron, 2014

Lors de sa sortie en 2014, le troisième long métrage de Damián Szifrón a sonné comme une bombe dans le paysage cinématographique argentin. Satire sociale cynique et dévergondée, Les Nouveaux Sauvages donne un coup de fouet à ses spectateurs et ça fait du bien.

Le film est découpé en six court-métrages qui présente chacun les exactions commises par un personnage le jour ou tout bascule… Car en nous tous sommeille un instinct primaire et bestial, prêt à passer outre les cadrants de la civilisation pour s’adonner au plaisir jouissif de « péter les plombs ». Parce que c’est bien ici que demeure le fil rouge du film : les maux de la société tel que la dépression, le stress, la trahison ou l’injustice finissent toujours par avoir raison de certains. Et que ce soit une vie anéantie par les autres, un passé sinistre qui refait surface, une insulte au volant, le fonctionnement exaspérant de l’administration, la culpabilité d’un crime portée par un innocent ou encore l’infidélité conjugale au cœur d’une fête de mariage… chacun y trouvera son compte (ou pas justement).

Honnêtement, qui n’a jamais eu envie de manifester sa révolte intérieur et de résoudre l’injustice par la violence ? En fin de compte c’est peut-être pour ça que l’on va au cinéma. Laisser libre cours à nos pulsions le temps d’une séance… C’est peut-être pour ça aussi que l’on s’attache à ces personnages qui sont au bout du rouleaux, jusqu’à finir par les envier de pouvoir se décharger de toute leur animosité sans tenir compte du reste. Devant cette critique acide de la société, on rie, on pleure, on jubile et on en revient que plus ravi face à cette violence exacerbée.

Critique de Skyfall par Loïc Besnier

Skyfall, Sam mendes, 2012

En 2006, Casino Royale marquait le renouveau d’une franchise qui s’essoufflait de films en films, laissant imaginer un avenir radieux pour 007. Deux ans plus tard Quantum of Solace, malgré Mathieu Amalric, ne transformait pas l’essai, peinant à convaincre.

Pour relancer une nouvelle fois la machine, les producteurs choisirent alors le réalisateur Sam Mendes, peu habitué des blockbusters.

Après une mission qui tourne mal, n’ayant pas réussi à récupérer une liste d’agents infiltrés de l’OTAN, Bond se contraint lui-même à l’exil.

Un attentat au MI6 visant sa supérieur M, le contraint à quitter son ile paradisiaque pour reprendre du service et affronter un nouvel ennemi incarné par un vénéneux Javier Bardem.

La première réussite de Sam Mendes est d’apaiser son film. En réduisant le nombre de scènes explosives et de courses poursuites, et en se consacrant davantage sur ses personnages il offre à Skyfall une existence propre, hors de la franchise reprenant ainsi ce qui fonctionnait très bien dans Casino Royale. Mendes travestit également quelque peu les codes de la franchise, avec un humour retrouvé. En effet, la traditionnelle James Bond Girl n’apparait que le temps de quelques scènes, laissant toute la place du rôle féminin à Judi Dench qui compose une M tout en flegme.

L’autre réussite de Mendes est incontestablement la mise en scène. Le cinéaste profite de la diminution des scènes d’action et de l’accalmie générale pour livre des plans visuellement et plastiquement très aboutis : une infiltration sur un immeuble de Shanghai, l’arrivée à Macao, un voyage vers l’Ecosse…

Toutes ces scènes donnent alors au film un aspect contemplatif bienvenu, et corroborent en quelque sorte le propos premier du film : James Bond a vieilli.

Si Casino Royale étonnait également par l’histoire d’amour entre Daniel Craig et Eva Green, apportant une touche « sentimentale » à une franchise qui en manquait parfois, Skyfall se concentre davantage sur les histoires enfouies, sur l’enfance, la famille.

Ce 25ème James Bond est un divertissement de haute facture, jonglant entre clins d’œil au passé et nouveautés, se plaçant comme l’un des meilleurs épisodes de la série pour toutes les raisons invoquées ci-dessus et également grâce à son méchant, le plus réussi depuis bien longtemps.

Critique de Le pornographe par Matthias Giachino

Le pornographe, Shohei Imamura, 1966

Nouveau programme de l’Odyssée, nouvelle découverte à partager. Un rendez-vous qui commence à prendre le chemin de l’habitude avec cette troisième critique. Le sujet du jour est une pépite plutôt rare qui a eu le droit à une récente version restaurée : Le Pornographe de Shohei Imamura. Cette œuvre, peu connue par le grand public, défend pourtant avec brio l’esthétisme et la vision nipponne du 7ème art.

Rapide topo sur le cinéaste. Shohei Imamura (1926 – 2006) fait partie d’une nouvelle génération de réalisateur japonais marqué au fer rouge par les conséquences de la 2nd Guerre Mondiale. A cette époque, le Japon se retrouve entre deux feux : d’un côté un traditionalisme profondément ancré au sein de la nation et de l’autre une libération des mœurs largement influencée par l’américanisation et le relancement économique du pays. Provocateur et à contre-courant, Imamura va faire de cette période un support à son œuvre en réalisant de fortes critiques sociales envers son pays natal. Il affectionnera particulièrement les points de vue des marginaux ou du bas de la société en proposant des sujets propres aux traits de l’être humain comme la morale, la folie, le caractère animal, les horreurs de l’histoire. Le Pornographe, réalisé en 1966, épouse à merveille ces thématiques.

Le petit aparté étant terminé, les lumières s’éteignent, le temps s’arrête : place au cinéma, place à l’émotion !

Très vite, on seconde Monsieur Ogata, en plein tournage d’un film où le lieu semble bien à l’abri des regards… On comprendra aisément que ce dernier est un cinéaste qui, pour subvenir aux besoins de sa famille, tourne des films érotiques pour de riches clients. On lui commande des fantasmes, il les réalise. Une fantaisie qu’il doit manier avec précaution tant la société japonaise n’est pas friande de ce cinéma parallèle. Et pourtant son nombre de client atteste une demande des plus fortes… Un paradoxe qui est souvent exploité par Shohei Imamura.

Le monde dans lequel vie notre protagoniste, M. Ogata, est des plus organiques. Son quotidien est un combiné de deux des vices les plus palpables : le sexe et l’argent. Tout d’abord, on écume avec lui ses déboires de réalisateur, ses tracas tant techniques qu’humains. Comme un film dans le film, on alterne devant et derrière la caméra, monde professionnel et monde personnel. On plonge avec lui dans de la découverte de l’érotisme japonais qui, au lendemain de la 2nd Guerre Mondiale, trouve sa source essentiellement dans des milieux plutôt réservés voir secrets. Mais attention ! La « pornographie » du titre n’est donc pas celle que l’on pense. Elle ne désigne pas des corps ouvertement offerts et indécents, mais plutôt une mise en scène ambigüe liée à l’aspect voyeuriste du film.

Ce voyeurisme représente l’essence même du film et plonge petit à petit le spectateur dans le dérangeant. On est poussé dans l’intimité d’une vie de famille où la survie ne tient qu’à un emploi. On est aussi poussé dans l’intimité d’une vie professionnelle où la survie ne tient qu’à des fantasmes toujours plus poussés. Ainsi, que ce soit la vie du réalisateur, l’argent en jeu, la mise en lumière des corps, tout est palpable.

Cependant, cette forme si vivante va au fil des minutes s’étioler et s’égrainer dans la noirceur du film. Le voyeurisme de la profession va rapidement prendre le pas sur M. Otaga et dépasser le cadre de l’image. En se mettant le plus à nu possible, on découvre la cruauté de l’homme. Ici, ce n’est pas ce qui est montré le plus choquant : c’est la perversion de l’homme scruté au millimètre et cela dans ses moments les plus sombres. D’autant plus qu’Imamura joue habilement avec le cadrage de son film, chaque angle montre l’homme sous un nouveau visage. Et c’est à ce moment précis que le réalisateur nippon donne la réplique à ses personnages pour entamer des réflexions philosophiques et sociales.

Ainsi, la narration du film nous amène lentement à lâcher de plus en plus la chair pour s’installer dans ces réflexions où se mêlent démence, désirs et inhumanité d’un homme. La frontière de la moralité se brouille et vole en éclat. On quitte les fantaisies érotiques d’Ogata pour au final vivre la descente aux enfers de ses valeurs. Illustration d’une avidité toujours plus dévorante, M. Ogata va devenir un véritable marchand de chair où l’immoral connaîtra un prix. Paroxysme de cette folie, un dernier acte où le réalisateur ne veut plus de la limite liée au corps humain et souhaite s’affranchir de tous les interdits en s’orientant vers la création de corps artificiels…

Générique de fin, par ici la sortie. Une fois dehors, une sensation étrange parcours le corps et l’esprit. Un sentiment si particulier auquel on est peu habitué ou du moins que le cinéma occidental montre peu. Et c’est pour cela qu’il faut aller le voir ! Cette sensation est le résultat d’un voyage marquant et intriguant au plus profond de l’animal dénommé “homme”. Ce n’est pas pour rien que le sous-titre du film est « Introduction à l’anthropologie ». Le Pornographe c’est une étude des comportements humains et notamment de ses penchants les plus sombres.

Il faut souligner que la patte du réalisateur japonais est bluffante : il arrive à plonger le spectateur dans un inconfort viscéral. Cela amène à être sans voix devant la dureté de certaines scènes et pourtant c’est fait avec délicatesse et suggestion. Avec plus de recul, on peut s’apercevoir qu’Imamura expose sa vision de la société japonaise de l’époque. Une population face à une nouvelle liberté, où les individus se sont retrouvés pris dans un étau entre le traditionalisme d’une nation et une modernité dont ils ne saisissaient ni les enjeux ni les limites.

Critique de Chantons sous la pluie par Loïc Besnier

Chantons sous la pluie, Stanley Donen, 1953

Effectuer la critique de ce film sans tomber dans les louanges les plus totales semble être une mission périlleuse, et avant même d’essayer, je vais m’avouer vaincu. Alors d’avance, je vous demande chers lecteurs, de m’excuser. Mais rassurez-vous, mon propos sera bref.

Chantons sous la pluie nous conte un instant capital de l’histoire du cinéma, le moment où le cinéma muet a laissé sa place au cinéma parlant.

Ici solaire, ce changement de paradigme n’a pas été une heureuse nouvelle pour tout le monde laissant des stars déchues. Ce déclin sera splendidement capté par Billy Wilder dans Boulevard du Crépuscule trois ans auparavant et illustré dans ce qui reste comme l’une des plus belles répliques du cinéma, prononcée par Gloria Swanson « Nous n’avions pas besoin de dialogues, nous avions des visages ».

En un sens, Chantons sous la pluie fonctionne à l’inverse du film vénéneux de Wilder. Pour Stanley Donnen, il n’est pas question de montrer la déliquescence des idoles du cinéma muet mais plutôt la façon dont ils réussiront à évoluer parfois malgré des désavantages certains, la voix de Lina Lamont (Jean Hagen) en tête de liste.

Feel good movie par excellence, Chantons sous la pluie est porté par un trio de comédiens, chanteurs et danseurs jubilatoire (Gene Kelly, Debbie Reynolds, Donald O’Connor) et enchaine les scènes d’anthologie. Comment ne pas être emballé par les acrobaties de Donald O’Connor ? Comment ne pas se prendre au jeu d’une séance d’orthophonie surréaliste ? Et bien évidemment, comment ne pas vouloir prendre la place de Gene Kelly, aérien crooner, dansant et chantant sous la pluie ?

Amateurs de comédies musicales, foncez. Les autres, foncez également et changez d’avis, craquez. Craquez pour ce chef d’œuvre, enjoué et malicieux. Et craquez également pour les jambes de Cyd Charisse.

Critique de Le Caïman par Sophie Pierre

Le Caïman, Nanni Moretti, 2006

L’Odyssée présente, jusqu’à la mi-avril, Le Caïman de Nanni Moretti, sorti en 2006. Grand vainqueur des Donatello de la même année avec six prix, le film est drôle, mordant et doué d’une grande qualité esthétique.

Entre politique crapuleuse, production cinématographique désastreuse et personnages truculents, Nanni Moretti construit une fiction élaborée dans laquelle il promène allégrement le spectateur. Des plateaux de tournage, au terne bureau du personnage principal Bruno Bonomo (interprété par Silvio Orlando), en passant par l’appartement familial, on plonge dans la vie d’un Bruno désemparé, quitté par sa femme et au bord de la faillite professionnelle. Producteur de séries Z, délaissé par le monde du cinéma, il n’arrive plus à mener à bien ses projets et vilipende un public qui n’a plus goût aux films de genre. Son désarroi s’amenuise lorsque la jeune réalisatrice Teresa (jouée par Jasmine Trinca) lui propose un scénario sur la vie politique de Silvio Berlusconi : Il Caimano. Bruno entreprend alors maladroitement mais résolument la mise sur pied de ce projet.

Le Caïman, malgré son apparente légèreté est une fiction dense, éminemment politique, construite autour d’une temporalité complexe et d’une esthétique réflexive, qui fait honneur à tout un pan du cinéma italien. L’introduction ensoleillée, digne des séries méditerranéennes, rehaussée de couleurs franches et criardes, s’attache aux gros plans et à la sensiblerie et s’amuse des clichés. Elle laisse cependant place à une plus grande retenue, à des teintes moins tapageuses lorsque le spectateur découvre la souffrance de Bruno : ses nuits sur un lit de fortune à l’arrière de son bureau, sa jalousie, sa solitude. L’esthétique s’adapte au récit et jongle entre différents univers pour renforcer les problématiques narratives et dynamiser la forme du film. Encore, Nanni Moretti, à travers des digressions, s’amuse avec les codes de genre et rend hommages aux films de séries Z et aux grandes fictions politiques du cinéma italien des années 70. Celles-ci interviennent lorsque Bruno raconte à ses enfants le fameux Cataracte dans lequel leur maman a joué quelques années plus tôt ou encore lorsque des discussions ont lieu autour du film à venir Le Caiman. La temporalité est alors travaillée sur plusieurs niveaux et offre au spectateur un délicieux parcours labyrinthique.

Le Caiman est une agréable fable caustique sur l’Italie actuelle, qui dresse intelligemment un portrait de Berlusconi et réussit à aborder avec efficacité et subtilité des problématiques contemporaines.

Critique de Candelaria par Camille Vassard

Candelaria, Jhonny Hendrix Hinestroza, 2017

Mourir de nostalgie ou mourir de faim ?


Je lis a tous, ce qui nous empêche d’être libre,
Quitte à être enchaîné autant savoir pourquoi.
Dans un quotidien qui consistait à survivre,
J’ai décidé de vivre.


Je chanterais donc pour la Havane,
Pour mon île, où je suis prisonnier heureux.
On me défend la révolution,
Je me permets alors de seulement vieillir.


Il est cette période spéciale dans la vie,
Quand soudainement je chute.
Ce corps que je pensais capable de voler,
C’est écrasé.


Ce corps qui a parcouru,
Qui a vécu selon mes dires,
Qui a cherché à me faire rire,
Qui a tenté de me faire jouir,
Qui m’a souvent fait gémir,
Qui m’a parfois rendu ridicule.


Je suis à terre,
C’est là que je comprends,
Qu’il a peut-être fait son temps,
Désormais ce corps est fatigué.


Je dois me contenter,
De ce que mon esprit peut m’apporter.
Finalement pas de grande différence,
Avec mon ami d’enfance.


Je suis vieux mais,
Tant que je pleurerais,
Tant que je rirais.
Tant que je me sentirais ridicule
Je serai vivant.


Par les yeux il me propose,
Par les idées il m’inspire.
De ce panier à linge,
À mon intimité.
De cette relation épistolaire,
Entre cette robe rouge et moi.

Charnelle et légère,
la bretelle qui glisse.
Elle a su combler au-delà de nos yeux,
Ceux du monde.


Qu’elle est belle,
Cette femme que j’aime,
C’est une délicatesse rare,
Que de faire l’amour à notre âge.


Ils peuvent nous mettre des embargos,
Nous priver de bons cigares,
Nous couper l’électricité,


Tant qu’il y aura la mer,
Tant qu’il y aura le soleil,
Tant qu’il y aura la musique,
Tant qu’il y aura l’amour,
Tant qu’il y aura le rire de ma femme,
Tant qu’il y aura le mien,
Nos cinq petits poussins,
Pas besoin de nostalgie,
Il y a la vie.


Victor Hugo.

Critique de L’ange par Floria Domingos

L’ange, Luis Ortega, 2018

Un tueur fou, sans limite et sans regrets ou un poète incompris ?

Un très gros plan sur la bouche charnue de l’acteur Lorenzo Ferro démontre que Carlitos est une source de désir inépuisable. Ce plan exprime toute la sensualité du personnage qui semble ne pas avoir conscience de l’attraction qu’il crée autour de lui. Carlitos ou de son nom complet Carlos Eduardo Robledo Puch était un jeune homme, très beau mais aussi très doué. Un génie [du Mal] d’après le père de Ramon, son partenaire de crime. En effet, aujourd’hui en prison, Carlos Puch a été condamné à perpétuité pour de multiples vols, viols, meurtres, enlèvements,… tout y passe. Pourtant nous n’observerons quasiment rien de tout cela. Nous compterons trois meurtres ‘seulement’ et quelques vols. Ce que le réalisateur veut évoquer ne réside pas dans la réflexion philosophique du Bien et du Mal. Bien que Carlos en fut le sujet d’étude (on s’étonne à l’époque de l’atrocité commise par un être si « angélique »), ces mots lui semblent étrangers. « L’ange noir » semble substituer la trahison au Mal, établissant ainsi une réciprocité entre morale et individu. Il suffit qu’on lui demande de ne pas voler pour qu’il ne le fasse pas. Pas de maxime rousseauiste ici. Mais le plus important ne réside alors pas dans l’éthique, il s’agit de vivre à l’extrême sa liberté.

A l’ouverture du film, nous découvrons ce blondinet nonchalant puis nous entrons dans ses pensées par l’utilisation de la voix off. Tandis qu’il rentre par effraction dans une maison au cadre idyllique, il prône des valeurs de partage en affirmant ne pas croire en la propriété. Tout ça accompagné du chant mélodieux des oiseaux et d’un soleil chaleureux. S’il est voleur, ce n’est pas des biens d’autrui mais du bien commun. Il annule de cette façon la notion même de vol. Il visite alors sereinement l’intérieur de la maison aux couleurs affirmées mais accueillantes. Étant donné que nous sommes in medias res avec Carlos nous pouvons imaginer que le lieu est fantasmé et qu’il pourrait représenter la perspective des infinies possibilités que lui offrent l’avenir. Ajoutons à cela une musique entraînante du groupe La Joven Guardia sur laquelle il danse librement. Elle participe à composer ce cadre qui enveloppe de bonheur. Ainsi nous accédons au cristal du film. Ce que nous montre Carlos par ses actions c’est que le bonheur se partage, lorsqu’il vole il offre une partie de son pactole à son entourage ou alors, c’est une occasion pour partager des moments précieux avec Ramon avec qui il est sous-entendu une affection plus qu’amicale. Alors nous nous retrouvons vers la fin du film qui comporte une scène faisant écho à celle-ci. Il entre dans la maison désertée de Ramon et met en route la même musique et danse dessus avant de se faire arrêter. Il choisit de vivre ses derniers instants de liberté dans ce lieu symbolique qui le lie à jamais à Ramon.

C’est dans cela que réside le talent de Luis Ortega, qui parvient à nous parler d’amour, de partage et de bonheur au travers d’un personnage maléfique. Tous les humains se dirigent vers une même direction, seulement nous n’empruntons pas tous et toutes les mêmes chemins. Attention, il ne s’agit pas d’un plaidoyer. L’Ange raconte l’histoire de ce jeune homme qui ne vivait que pour expérimenter entièrement sa liberté et qui finit par perdre tout ce qui lui importait. Alors Carlos est-il un tueur fou, sans limite et sans regrets ou bien pouvons nous nous risquer à affirmer qu’il envisage la réalité à travers un idéalisme chimérique faisant de lui un poète romantique ?